Couverture Lu'men, le belial'

« Lum’en », si Garance m’était contée.

Lum’en est un roman de Laurent Genefrot publié aux éditions du Bélial » en mai 2015 et ayant fait l’objet d’une parution en poche chez « Le livre de poche » en octobre 2016.

J’ai lu ce livre dans le cadre de ma PAL du premier trimestre 2017.

Le roman a reçu plusieurs prix : Prix Julia Verlanger 2015 ; Grand Prix de l’imaginaire 2016 : Roman Francophone ; Prix Rosny Aîné 2016 : Roman.

Afin d’illustrer l’article, j’ai opté pour la couverture de la publication du Bélial, avec une superbe illustration de Manchu. Puisque de toute manière, chez Le Livre de Poche le pauvre illustrateur n’est même pas crédité !

C’est la première fois que je lis un roman de Laurent Genefort. C’est un créateur de monde, d’univers. Il a d’ailleurs soutenu une thèse à ce sujet ayant pour thème : Le livre-univers. Son premier « livre-univers » s’intitule Omale. Il est aussi un auteur de fantasy, directeur de collection et j’en passe.

Avant de commencer le résumé du livre, il s’agit d’un planète opéra. Qualifié de roman, mais d’une forme un peu particulière, puisque le lecteur découvre la planète Garance à travers une succession de nouvelles. Et l’une des nouvelles, Lu’men, sert de fil rouge à l’ensemble, ses passages venant s’intercaler entre les autres textes. C’est un fix-up, un recueil thématique, des nouvelles réunies pour former une histoire cohérente.

Une construction qui fonctionne très bien. La temporalité très étendue du récit (plus de 100 ans) passe mieux de cette manière.

Pour parler de l’histoire, il y a fort longtemps, la Marraine des espèces a créé une multitude de passages à discontinuité spatiale. Elle a chargé les dépositaires de veiller sur ces portes. Lum’en est l’une deux. Elle a fauté et s’est retrouvée enfermée dans les profondeurs de Garance.

Plus tard, l’humanité nommera ses passages : les portes de Vangk. Elles ont permis une colonisation effrénée de la part des humains. Garance ne déroge pas à la règle. Il va être question de l’ancrage de la colonie sur cette planète, de son développement, avec ses hauts et ses bas.

Garance est une planète particulière, elle est dans la zone d’habitabilité de son système solaire, ce qui facilite sa colonisation. Sa surface est parsemée de forêts immenses composées d’arbres nommés les caliciers. Les caliciers forment des écosystèmes à part entière, puisqu’ils permettent de recueillir l’eau. Ils sont peuplés de tout un tas de créatures, mais surtout, habités par les pilas, des espèces de pieuvres arboricoles.

Le premier récit, Site Alpha, débute avec l’arrivée des premiers colons, des scientifiques bien sûr. Mais aussi un religieux, un semeur. Esach est un pasteur qui débarque  les bras chargés d’éprouvettes humaines, animales et végétales. Il a la ferme intention d’établir sur Garance une colonie pure. Un extrémiste qui se marginalise et qui va élever un couple sorti desdites éprouvettes. C’est le début des ennuies.

La colonisation de Garance se poursuit, des dissensions politiques commencent à apparaitre. Un combat majeur s’y joue, les pilas sont-ils une espèce intelligente ? dotée de conscience ? Un groupe de militants fait tout pour faire reconnaitre leurs droits. La DemeTer — la corporation qui exploite Garance — s’y oppose farouchement, de façon légale, mais aussi avec des moyens moins orthodoxes.

Car l’enjeu économique et juridique est énorme, si les pilas sont reconnus comme ayant une conscience, un certain degré d’intelligence, Garance leur appartient et fini l’exploitation de leur habitat naturel, car les caliciers foisonnent de ressources.

La colonisation de Garance va être ponctuée de combats politiques, allant de la révolte artistique, en passant par la modification du génome humain. Avec pour toile de fond les pilas et leur écosystème, faisant pâle figure face à l’exploitation féroce de leur habitat.

Entre chaque récit, le lecteur retrouve Lum’en enfermée dans les entrailles de la planète. Elle tente à tout prix de rentrer en contact avec les habitants de Garance. L’arrivée des humains est une aubaine pour elle.

Les thèmes abordés par l’auteur sont nombreux. L’exploitation outrancière des ressources naturelles. La reconnaissance, ou non, d’une sensibilité / intelligence à certaines espèces. Les considérations économiques qui font la pluie et le beau temps.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est l’aspect éthique et juridique de l’acceptation ou non des pilas comme espèce intelligente. C’est clairement d’actualité, en fouillant un peu, il est possible de découvrir d’autres formes de sensibilité, d’intelligence et pas besoin de quitter notre berceau pour ça.

J’ai dévoré ce livre, il peut paraitre simple et classique au premier abord, mais il fourmille de bonnes idées et surtout de réflexions. C’est un récit intelligent qui pousse à l’introspection. L’histoire vante à la fois les mérites de l’homme : son audace, son courage, son humanisme et sa capacité artistique. Mais aussi ses travers : sa capacité de nuisance, de destruction et d’autodestruction.

Un livre  qui me donne envie d’en lire plus. De découvrir Omale et ses richesses. D’en savoir un peu plus sur les dépositaires, les portes de Vangk et l’humanité qui ensemence l’espace.

Les autres avis des blogueurs : Lorhkan ; Lune ; Le Bibliocosme ; Albédo ; Le Maki ; Xapur.

13 réflexions sur “« Lum’en », si Garance m’était contée.

  1. J’avais beaucoup aimé également.
    C’est vrai qu’il se déguste avec envie, et chaque »chapitre » pousse à dévorer le suivant car il y a toujours davantage de saveurs.

  2. Content de voir que Lum’en t’ait plu, je l’avais dévoré également. J’ai acheté l’intégrale d’Omale en décembre dernier, à l’occasion d’une intervention de Laurent Genefort dans une bibliothèque parisienne, qu’il faudra d’ailleurs que je m’attelle à lire, même si son épaisseur m’effraie un peu ^^. Je n’ai jamais été déçu par les textes de cet auteur en tout cas, et te conseille également Mémoria (sur un tueur à gage qui dispose d’une mallette, capable de transférer son esprit dans les corps des gens qu’il kidnappe) et Points Chauds (des sortes de portes des étoiles qui apparaissent un peu partout sur Terre, d’où émergent des hordes d’extraterrestres émigrés qui ne font que passer sur Terre). Dans la plupart de ses textes, il y a toujours une grande dimension éthique, qui est toute à son honneur.

  3. J’avais adoré cette lecture surtout la nouvelle (le chapitre !) où les « animaux » sont à l’honneur. Poétique et intelligent.
    Omale est aussi dans mes envies mais j’hésite encore.

    • Oui, ce chapitre là était vraiment top en effet ! Je n’en ai pas trop parlé par peur de spoiler ou pour ne pas trop en dévoiler.

      Pour Omale, c’est un sacré pavé. Mais j’espère le lire dans l’année ! 🙂

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