Couverture Arbre

Arbre – Conte sens dessus dessous

Arbre est une novella d’Alex Jestaire qui s’inscrit dans le cycle des Contes du Soleil Noir et en constitue le second volet. C’est toujours publié chez le Diable Vauvert et l’illustration de couverture est toujours réalisée par Pablo Melchor, celle-ci est très bien, peut-être la meilleure des cinq, même si les fesses d’Esclave et leur scandale sur Facebook sont tentant aussi.

Je vous renvoie vers la chronique de Crash pour tout ce qui concerne l’auteur et les Contes du soleil noir, maigre présentation mais présentation quand même.

Pour ce volet, nous retrouvons donc Monsieur Geek, aucune crainte, je ne divulgâche rien, car chaque histoire est indépendante, même si dans celle-ci le lecteur en apprend un peu plus sur le Soleil Noir et le reste de l’Univers, avec un grand U oui.

 

Le pitch a l’air simple comme ça, mais ne vous y fiez pas.

Janaan est journaliste, elle est à la cherche d’un scoop, le dernier titre racoleur qui va faire bondir sa carrière. Ce qu’elle n’a pas l’air de savoir, c’est qu’elle est bien accompagnée, le Soleil Noir semble jaillir de sa bouche, inonder ses paroles, ce qui lui facilite grandement la tâche, mais elle ne s’en rend pas compte la gourde, elle est persuadée que c’est son talent qui fait tout. Cependant, au fil de son enquête dans la jeunesse dorée londonienne, elle va vite se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond. En parallèle, en Inde, un Arbre — particulier, mystique — est en train de créer quelque chose et dans une petite ferme non loin de là, les vaches se mettent à produire du lait noir. Alors plaie divine ? Où faveur des Dieux ?

 

Jaanan, le prince Harry (si c’est bien lui) et le Soleil Noir.

Janaan est une femme détestable, belle, mais prête à tout. C’est peut-être pour cette raison que le Soleil Noir s’est penché sur elle, aucune idée. Quoi qu’il en soit, son ambition et son pouvoir (dont elle n’a pas conscience) vont la mener dans un trip de plus en plus sordide au sein des soirées huppées de Londres. Sexe, drogue et alcool vont vite devenir le fil rouge de sa soirée. Elle va y croiser tout un tas de petits connards prétentieux, et même un certain Harry avec un drapeau nazi dans sa chambre (toute ressemblance avec un personnage connu est fortuite).
Arbre c’est aussi l’occasion de rencontrer des entités cosmiques dont vous n’avez pas idée, la mythologie du Soleil Noir s’étoffe et c’est renversant.

 

mOBSCENE, c’est un peu le morceau que j’avais en tête à la lecture.

Arbre est beaucoup plus sombre que Crash, surtout le final, le dernier tiers. Mais c’est franchement bien fait, il y a un passage ou deux qui sont à la limite du soutenable, mais l’on sent que l’auteur ne fait pas tout cela pour assouvir un plaisir sadique. Ces passages correspondent aux entités qui interviennent dont l’une d’elles est vraiment inquiétante : un mix entre l’Homme en noir de Stephen King et BOB dans Twin Peaks.
Comme toujours, c’est assez référencé cinématographiquement chez Alex Jestaire, La nuit du chasseur, notamment, mais la mention de Zardoz m’a bien poilé (d’ailleurs si vous voulez voir Sean Connery — jeune — en slip rouge, foncez). Mais au-delà de ces clins d’œil, il y a tout un tas de références mythologiques, mystiques et religieuses. J’avoue avoir creusé et je pense que chacun peut y trouver son compte, même si l’auteur a surement un avis arrêté dessus : Calamité divine, allégorie de l’arbre et de la renaissance. Arbre c’est aussi un récit spirituel, pas toujours évident à suivre. C’est une novella plus exigeante qu’elle n’y parait. Mais comme toujours, l’auteur ne manque pas de dénoncer certaines des dérives de notre temps.

 

C’est court et percutant.

À l’instar de Crash, c’est court, moderne et efficace. La plume ici est crue, sans détour, et nerveuse. Certaines scènes sont sordides, mais parfaitement menées, Alex Jestaire ne vous cache rien, ça peut surprendre ou on peut ne pas adhérer, mais ça a le mérite d’être clair.
Côté narration, je n’ai pas encore lu les suivantes, mais celle-ci, comme je l’ai dit plus haut, est clairement un texte qui n’est pas évident à aborder. Je ne suis pas certain d’avoir tout compris dès la première lecture. Difficile par moment de recoller les morceaux entre eux, de faire lien entre ce qui se passe à Londres et en Inde, et pourtant il y en a un. Quoi qu’il en soit, impossible de lâcher la lecture, le rythme est haletant et les situations attirantes.

 

Encore une belle surprise.

Arbre est un texte cryptique, voire hermétique, mais il fait réfléchir. À une époque où tout nous tombe cuit dans le bec, il est plaisant de lire cet auteur atypique et non conventionnel. Arbre c’est l’histoire d’une jeune femme prête à tout pour son métier. Jusqu’à l’impensable. Elle va être amener à assister à des choses inconcevables, l’indicible horreur va s’inviter dans sa vie. J’y ai vu une critique d’une génération happée par les écrans qui ne se rend même pas compte que ce qu’on lui sert est mal. Certains y verront autre chose, d’autres trouveront le texte trop borderline.  Quoi qu’il en soit, Arbre, ne peut laisser indifférent.

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D’autres avis : Nébal ; Le Chien Critique

 

 

2 réflexions sur “Arbre – Conte sens dessus dessous

  1. Pour ma part, j’étais passé complètement à côté du texte mais ta chronique rend justice à mon avis à ce que Alex Jestaire a voulu dire, dénoncer.
    Assez obscur, mais le ton de ces contes rentre dedans change de ce qui se fait habituellement, et cela est salutaire.

    • Eheh oui, le ton est vraiment original et le traitement aussi. Même si clairement Arbre est difficile à appréhender, non pas qu’il soit complexe, mais la trame est vraiment entremêlé et décousue.
      Prochaine étape Invisible !

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