couverture audit alex jestaire

Audit – Liquidation, tout doit disparaître

De retour avec les contes du Soleil Noir d’Alex Jestaire, Audit est le quatrième volet paru fin août 2017 chez le Diable Vauvert. J’ai présenté cette série singulière (ainsi que son auteur) lors de ma chronique du premier tome : Crash. Et vous pouvez trouver ici les retours du second tome : Arbre et du troisième tome : Invisible.

 

Les pioupious s’en vont en guerre.

Cinq consultants en restructuration d’entreprises se rendent en Angleterre pour faire un l’audit d’une usine en difficulté. Sur les cinq, deux sont des seniors des N+1 comme l’une d’elles aime se faire appeler. Une autre femme leur sert de faire-valoir et les deux derniers sont des hommes, des pioupious, des juniors dont c’est le baptême du feu. Ils arrivent triomphants sur site, prêt à exercer leur métier, compresser les chiffres, préparer les esprits à la liquidation et autres réductions des coûts (des effectifs). Mais d’autres forces s’invitent à la fête et les choses vont rapidement prendre une autre tournure.

 

Des personnages interchangeables.

Dans ce volet les membres de l’équipe d’audit et leurs supérieurs prennent des noms génériques, N+1 pour la chef d’équipe, N+2 pour le RH et +3 pour le directeur. Des fonctions plutôt que des noms, histoire d’insensibiliser encore plus les gens et faire en sorte de leur faciliter le travail, le rendre moins humain. À côté de cette équipe, il y a les ouvriers, qui subissent les affres de cet audit, des noms simples, l’ouvrier moyen qui n’a connu que l’usine, un peu paumé, mais humain. Le personnage principal, junior et pioupiou de son état, va servir de tampon entre ces deux mondes. Il va se demander un peu pourquoi il est ici, là, au milieu de ces personnes aux pouvoirs étranges et à la morale douteuse. Et surtout il va s’interroger lorsqu’il va se rendre compte que son travail a un réel impact sur la vie des gens.

 

Le pouvoir du Soleil Noir.

Ce volet offre un début d’explication, les pouvoirs du Soleil Noir y prennent une part plus importante, certains humains en usent et en abusent, pouvoir de persuasion. La parole devient une arme, la communication aussi, le Soleil Noir ne fait qu’accentuer cette capacité humaine destinée à tordre les avis et à convaincre les autres d’aller dans son sens.
Mais au-delà de cet aspect fantastique qui permet d’affiner l’univers posé par l’auteur, le véritable enjeu se recoupe dans les thèmes développés par ce dernier. Société déshumanisée, recherche du profit au détriment de tout le reste. Société dans laquelle la performance est érigée en totem unique et en but ultime. On évalue les salariés, on les convertit en chiffres, comme une quelconque ressource, jusqu’à les briser. Résultat, la tristesse et l’impuissance s’invitent dans l’esprit de certains des personnages et peut-être dans celui du lecteur aussi.
Sous ses airs conspirationnistes, Mr Geek à travers ses contes dénonce bon nombre de travers de notre société et nous met le nez dedans.

 

Plus sérieux.

J’ai trouvé le ton de ce volet plus sérieux que les autres. Cet aspect se ressent aussi dans la narration et dans la trame du récit qui est plus structuré. La plume d’Alex Jestaire est moderne, il manque peut-être d’un brin de folie dans ce tome, mais après la lecture d’Invisible difficile de ne pas le relever, c’est certain. Mais faut-il toujours être léger ? Certainement pas, surtout lorsqu’on parle de personnes broyées par un système aveugle. Son style se fait plus froid pour les besoins de la démonstration et cette capacité d’adaptation est tout à son honneur.
Le récit m’a fait penser un peu à ce film, Severance dans lequel des employés d’une entreprise d’armes se retrouvent pour un séjour détente, mais où ils déchantent rapidement.

 

Toujours original.

Ce qui est bien avec les contes du Soleil Noir c’est qu’en ouvrant le livre on ne sait pas à quelle sauce l’on va être mangé. Ils sont tous différents et originaux. Audit ne déroge pas à la règle, il nous parle d’une génération perdue dans la recherche de la performance, d’une population ouvrière qui voit son monde s’effondrer, triste et impuissante. D’une nouvelle élite friande de rétrocessions et prête à tout. En somme, d’une génération paumée et avide, au service du Soleil Noir.

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D’autres avis : Le Chien Critique

 

5 réflexions sur “Audit – Liquidation, tout doit disparaître

  1. Après Invisible, c’est mon second préféré de la série.
    En tout cas, tu rends justice à cette novella. Je dirais toutefois qu’il y a un peu d’humour, grinçant, noir et cynique, mais humour quand même, qui permet quelques respirations salutaires à l’intérieur de ce soleil noir.

    • Je pense que c’est celui que je préfère aussi après Invisible. Tu fais bien de le souligner. L’humour est tellement inhérent à la série que j’ai oublié de le préciser, même si celui-ci n’est pas le volet qui m’a le plus marqué à ce niveau là.

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