Couverture Aux comptoirs du Cosmos Poul Anderson

Aux comptoirs du cosmos – La Hanse galactique T.2

Après avoir lu le premier tome de la Hanse galactique, je me suis empressé de me procurer le tome 2 tant j’étais enthousiaste à l’idée de retrouver les prince-marchands, les astros et cet univers de Poul Anderson. Pour en savoir plus sur l’auteur et pour une présentation de cette saga proposée par les éditions du Bélial’, je me permets de vous renvoyer à la chronique du premier tome : ici.
Pour ce tome 2 l’excellente traduction est de Jean-Daniel Brèque et l’illustration un peu surannée, mais tellement dans le thème, est toujours proposée par Nicolas Fructus. La saga sera composée, à terme, de cinq tomes, celui-ci étant sorti en juin, il va falloir attendre la seconde moitié de 2018 pour avoir la suite, terrible attente. Mais nul doute qu’entre temps j’irais lire d’autres récits de Poul Anderson, car j’apprécie l’angle par lequel il aborde ses thématiques, son ton léger qui est invariablement accompagné d’un fond solide.

Pour rappel, cette saga est une agrégation de textes courts qui s’inscrivent dans une chronologie liée à l’essor de la civilisation technique, l’humanité est parvenue à obtenir la propulsion supraluminique ce qui a changé de façon définitive le domaine humain et favorisé l’essor d’une société faisant les choux gras des marchands et des armateurs. Le présent tome est composé de trois novellas d’un peu plus d’une soixantaine de pages — La roue triangulaire, Un soleil invisible et Cache-cache — et de deux nouvelles d’une vingtaine de pages — Esaü et L’Ethnicité sans peine. En début de volume le principal traducteur de la saga, Jean-Daniel Brèque, nous offre un avant-propos intéressant et la fin du tome comprend toujours la chronologie établie sur la base des informations liées à l’univers. Chronologiquement, les textes du présent tome s’inscrivent avant et après la novella Un homme qui compte du premier tome.

Selon l’avant-propos, les quatre premiers textes sont en réalité des “problem stories” que Poul Anderson a rédigé pour la revue astounding, des récits dans lesquels le protagoniste principal fait face à une difficulté qu’il va devoir résoudre. Si l’archétype du récit reste le même, le fond varie toujours. La construction des histoires peu sembler répétitive, mais cela n’enlève-en rien au plaisir. Pour finir, le tome contient un prélude et deux interludes teintés d’humour et qui permettent d’approfondir un peu plus l’univers.

 

La Roue Triangulaire : obscurantisme et dogme religieux.

Suite à une avarie le Ça boume, un vaisseau déjà croisé lors d’une précédente aventure, a du se poser sur Ivhanoé qui ne contient qu’un relais d’urgence et n’a aucun intérêt commercial. Pour cause, ses habitants, des espèces de géants anthropoïdes avec une crinière et une queue de lion, sont sous le joug d’une puissante théocratie, les Consacrés tiennent l’ensemble des institutions et la société civile. David Falkayn est apprenti auprès du Maître-marchand Schuster. Falkayn est issu de la noblesse d’Hermès, il est ambitieux et rêve de devenir Maître-marchand à son tour. Son Maître lui a confié une mission, trouver un moyen de transporter un réacteur de plusieurs tonnes sur des centaines de kilomètres. Problème : le culte du malkino interdit de façon stricte et formelle toute utilisation et reproduction d’un cercle. Car tout ce qui est cercle, touche au divin. Le jeune astro va devoir se rapprocher de la caste des protecteurs, qui semble plus souple que les Consacrés, afin de trouver une solution. De son côté, Maître Schuster va prendre contact avec les religieux et les milieux érudits pour tenter de faire plier la doctrine qui règne en leur sein.

Une nouvelle intéressante, où l’auteur tape sur l’obscurantisme et la rigidité, qui frôle souvent la stupidité, des dogmes. Le clergé local tient la population et le maintien à un niveau technologique très bas. Sans la roue, que faire ? Mais comme très souvent dans ces théocraties verrouillées les esprits séditieux et subversifs ne sont jamais très loin et heureusement. C’est l’occasion aussi d’introduire un nouveau personnage récurrent : David Falkayn, du haut de ses dix-huit printemps il manque d’assurance, jeune homme rondouillard au visage ingrat, il se demande où sont passés les gênes de sa lignée, car il n’est ni fringant, ni élancé. Il n’a pas non plus la diplomatie et la rhétorique d’un prince-marchand, mais il est tenace. Dans cette histoire, l’érudition de l’auteur et la vulgarisation des thèmes scientifiques sont un vrai plaisir à lire. Il démonte de façon subtile tous les dogmes de ces empaffés de Consacrés. Galilée et son combat ne sont jamais très loin des enjeux de ce texte.

 

Un soleil invisible : ou les bienfaits du libre-échange.

Revoilà David Falkayn, deux ans après La roue triangulaire il est enfin compagnon Maître-marchand, encore un petit effort et il obtiendra son certificat. En approche de la planète Vanessa une flotte d’envahisseurs lui fait face. Des frégates lourdement armées, lui dans sa navette n’en mène par large. Pourtant, il va falloir qu’il atterrisse afin de dénouer, si possible, la situation ou à défaut sauver un maximum d’actifs de la Ligue. Les envahisseurs sont en réalité un ancien peuple ayant colonisé une partie de leurs systèmes frontaliers alors qu’ils ne possédaient pas la propulsion supraluminique. Une vieille race revancharde qui entend bien restaurer son Empire. Mais c’est sans compter sur les membres de la Ligue Polesotechnique qui comptent conserver leurs marchés. Le jeune compagnon va devoir composer avec un Maître-marchand exécrable et limite raciste, Jaleel — une espèce de lézard avec un nez de tapir et des oreilles de chauve-souris. Le jeune David Falkayn a gagné en assurance et il ne va pas hésiter à jouer de ses charmes pour parvenir à trouver une solution à cette affaire.

Cette nouvelle permet d’affiner un peu plus les forces politiques en place et détoure les limites de la puissance de la Ligue, tout le monde n’est pas d’accord avec le système proposé par les marchands, l’impérialisme séduit des espèces dont certaines qui n’hésitent pas à user de la force pour parvenir à leur fin. De la géopolitique dans cet univers déjà riche ne fait qu’accentuer la solidité de l’ensemble.

 

Ésaü :  ressources humaines et marge bénéficiaire.

Emil Damaldy se trouve devant le Penthouse de Nicholas Van Rijn à Chicago. Ce dernier l’a convoqué pour le “remercier”. Son employé n’a pas su gérer la situation sur Soliman et un marché a filé entre les doigts de la Compagnie solaire des épices et des liqueurs, ce qui ne manque pas de mettre en rogne le truculent marchand. Face à cette légende de la ligue, Emil dresse son rapport et devra trouver des arguments solides afin de justifier sa bévue : la perte de la récolte du Bluejack. Une épice peu rentable, mais tout de même ! par principe on ne vole pas un marché à Van Rijn. Sur Soliman les chasseurs-cueilleurs connaissent quelques difficultés. mais pour récolter cette épice impossible de faire autrement, car les payer plus ou employer une autre main-d’œuvre n’est pas financièrement envisageable pour le marchand près de ses sous.

Un plaisir de retrouver Nicholas Van Rijn qui fume, boit et mange pour dix et qui a l’insulte facile. La nouvelle tient essentiellement sur l’histoire dressée par Emil Damaldy, la solution au final est un peu grossière, c’est peut-être la moins intéressante de toutes. Hormis, la planète qui est aussi au centre de ce récit puisqu’il s’agit d’un astre subjovienne où des espèces respirent de l’hydrogène, un cadre sympathique.

 

Cache-cache : ménagerie cosmique.

Bahadur Torrance capitaine du Choc hot est Maître de la loge de la fraternité fédérée des astronautes, il vient d’essuyer un engagement avec des écumeurs. Le Choc hot et ses passagers sont en fuite. Problème, le vaisseau a subi des dommages et Torrance ne peut le manœuvrer comme il le souhaiterait. De plus, il doit composer avec son employeur qui se trouve à bord et qui n’est autre que Nicholas Van Rijn. Ce dernier ne va cesser de lui faire des remontrances et de toujours mettre son grain de sel dans toutes les décisions prises par le Capitaine. Tout en s’abstenant de lever le petit doigt et en ne participant pas à la vie à bord. Au final, le meilleur moyen pour s’en sortir est d’arraisonner un autre vaisseau tout en semant les écumeurs. L’équipage va tomber sur un cargo singulier qui contient une ménagerie d’espèces variées, toutes plus bizarres les unes que les autres. Mais le plus singulier, c’est qu’il n’y a pas de traces de l’équipage, ce dernier se cache-t-il au sein de la ménagerie du cargo ?

Un très bon texte. Bon ok, la présence de Van Rijn y fait beaucoup, mais c’est surtout l’imagination de l’auteur pour créer une ménagerie digne des meilleurs space operas et aussi l’astuce avec laquelle il se joue de toutes ces espèces et des tribulations du Choc hot. Van Rijn va bien sûr jouer de son intelligence pour trouver une solution, sans compter sur sa propension à se faire servir comme un Prince, à peloter sa maîtresse et à se méfiait de son Capitaine, qui semble avoir des vues sur elle. C’est drôle et malin, comme souvent.

 

L’Ethnicité sans peine : culture de la civilisation technique.

Une courte nouvelle à la première personne du singulier, dans laquelle Jim Ching veut intégrer l’Académie astronautique et pour cela il ne cesse de travailler. Dernier dossier en date, son conseiller lui a suggéré de participer au festival de l’Homme et d’y présenter un spectacle sur la culture chinoise. Problème, il a beau s’appeler Ching ça ne fait pas de lui un expert dans ladite culture, à vrai dire il n’y connaît pas grand-chose. Mais ce spectacle serait un bon moyen de gagner des points pour son inscription à l’Académie. Il va s’allier avec le père de sa petite amie, un chef d’orchestre germanique, qui prépare lui aussi une représentation, et un sophonte Wadenite, qui n’est autre qu’Adzel (futur personnage récurrent), un dragon de quatre mètres de long qui fait ses études sur la Terre.

Un très court texte pas indispensable,  mais agréable. Il a le mérite d’introduire des personnages supplémentaires. Avec un ton léger, il permet, aussi,  de m’être en lumière l’état de la culture humaine où toutes les pistes et références semblent perdues, du moins brouillées.

 

Sans surprise, j’en veux encore.

Comme l’a si bien souligné Apophis, un an entre deux tomes c’est beaucoup trop long. Je n’ai qu’une hâte c’est de me replonger dans l’univers proposé par Poul Anderson et de découvrir ce qu’il compte faire de sa galerie de personnage et de sa civilisation technique.

Je pense que l’une des forces principales de l’auteur et sa facilité à la vulgarisation, chimie,  physique, biologie, tout y passe. Mais aussi sa capacité imaginative qui lui permet de proposer des mondes et des espèces toujours différentes avec des propriétés biologiques, physiologiques totalement originales et surtout crédibles.

Quant à la Hanse galactique, c’est une formidable saga qui offre un univers concret, ce tome 2 apporte son lot de tensions et d’enjeux qui dépassent la compagnie de Van Rijn et la Ligue elle-même, la géopolitique semble prendre plus d’importance et ce n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Mes seuls regrets : que ça soit si court, que Van Rijn soit si peu présent. Mais heureusement d’autres personnages prennent le relais. Je reviens à lui, car ce Van Rijn est peut-être l’un des personnages les plus drôles et les plus intéressants qu’il m’ait été donné de lire.

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D’autres avis : Apophis, Albédo

 

 

 

10 réflexions sur “Aux comptoirs du cosmos – La Hanse galactique T.2

  1. (Merci pour le clin d’œil et le lien !)

    Nous sommes complètement d’accord, à la fois sur les qualités du cycle, de l’écriture et de l’approche de l’auteur et sur l’intérêt des différents textes. Merci pour ton excellente critique 🙂

  2. Comment ne pas être séduit par la plume, la créativité et l’intelligence d’un tel auteur ?
    Je l’adore !
    Nos impressions se rejoignent comme tu as du t’en apercevoir. Ses propos ne sont jamais dénué de fond et le ton léger permet de faire passer plus ou moins en douceur de nombreux messages.

    Je t’encourage vivement à lire les aventure de Flandry qui se déroule dan le même univers. 🙂

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