Couverture chasse royale tome II

Chasse Royale, nos ancêtres les Celtes.

Sous ce titre se cache la suite de la saga celtique — prévue en trois tomes — entreprise par Jean-Philippe Jaworski, Rois du Monde. Le tome deux, Chasse royale, a finalement été découpé en trois parties. La présente chronique détaille sa deuxième partie sortie le 3 juin dernier chez les moutons électriques.

Jean-Philippe Jaworski est un des ambassadeurs de la fantasy française contemporaine, il bénéficie d’une solide réputation après le succès de son roman Gagner la guerre. Il faut dire qu’il a un réel talent de conteur, appuyé par une plume soignée et un travail documentaire fou. Il s’agit d’un de mes auteurs favoris, mais il n’y a qu’une seule chronique sur ce blog qui le concerne. Elle traite du premier tome de la saga Rois du monde : Même pas mort. Je l’ai rédigé bien avant la création du blog et honnêtement elle ne rend pas hommage à son talent, je vais tenter d’y remédier.

L’auteur a étudié les lettres et il est désormais professeur agrégé de lettres modernes dans un lycée de Nancy. Avant d’être romancier et nouvelliste, c’est avant tout un rôliste et il a créé deux jeux de rôles : Tiers Âge qui a pour cadre l’univers du seigneur des anneaux et Te deum pour un massacre se déroulant lors des Guerres de religion en France. Pour avoir testé ce dernier en tant que maître de jeu, il permet de se faire une idée de l’amour que porte Jean-Philippe Jaworski à l’Histoire. Malgré un thème difficile, la volonté de retranscrire une époque fidèlement est une des forces de ce jeu.

En littérature, avant de s’attaquer aux Celtes, l’auteur s’est attardé dans son vieux royaume, un monde créé de toutes pièces. Dans lequel il a sorti deux recueils de nouvelles : Janua Vera et Le sentiment du fer. Ainsi que le roman Gagner la guerre qui a pour cadre Ciudalia. Une cité largement inspirée de l’Italie de la renaissance. L’un des points marquants de Gagner la Guerre est Benvenuto Gesufal un anti héros cradingue, crapule jusqu’au bout des ongles.

Mais revenons aux Celtes. Chroniquer une suite n’est pas un exercice simple, je vais tenter de le faire correctement, sans spoiler, le but étant de donner envie de lire cette saga.

 

La saga de Bel.

Rois du Monde retrace la vie de Béllovèse. Ce dernier, au crépuscule de sa vie, entame une discussion avec un voyageur, un grec a qui il a offert l’hospitalité. Sacrovèse, le père de Béllovèse, a été tué pendant la Guerre des Sangliers, par son frère Ambigat. Puis c’est au tour de Bel de partir à la guerre. En première ligne et sous les ordres de son oncle fratricide qui est désormais Haut-Roi. Lors d’une bataille, il est gravement blessé, mortellement blessé. Le jeune guerrier aurait dû mourir ce jour-là, mais le destin en a décidé autrement.

Dans la seconde partie de Chasse Royale, Béllovèse poursuit sa discussion avec le voyageur. À ce stade du récit, sa situation n’est pas des plus reluisantes. Captif entre les mains d’ennemies aux motivations obscures. Il a aussi perdu un être cher et est sans nouvelles de ses proches. Quel sort attend le trompe-la-mort ?

Plusieurs années se sont écoulés entre Même pas mort et la première partie de Chasse royale. Cette seconde partie permet, notamment, de mettre en lumière ces années restées dans l’ombre.

 

Béllovèse et ses ambactes.

La poursuite de cette partie de chasse est l’occasion pour l’auteur d’introduire tout un tas de personnages, mais surtout d’en affiner certains. De nombreux retours en arrière permettent de se pencher sur les proches de Bel. Le lecteur assiste à la rencontre entre le héros et ses futurs ambactes — ses clients. En particulier Drucco, Mapillos et Labrios. Le premier est un précieux guerrier, mais violent et imprévisible. Le second, son cocher, a un don avec les bêtes. Mais sa laideur intimidante en fait un paria, rejeté de son clan, ce qui n’est pas simple à gérer pour Bel qui tente de construire son domaine et de se faire une place à la cour du Haut-Roi. Le dernier a échoué lors de son enseignement bardique pour une histoire de cœur, un couard à qui il est difficile de faire confiance. L’auteur prend le temps de créer de l’empathie pour les proches de Béllovèse, au point qu’on le soupçonne de préparer un mauvais coup. Sa famille fait aussi partie de cette mise en avant. Sumarios, son père de substitution. Ainsi que sa femme et son enfant.

Du côté des antagonistes, le plus emblématique est Pritusse, inquiétante Reine aux pouvoirs surnaturels, digne des plus belles sorcières, ses pouvoirs semblent très puissants. Il y a aussi un druide, le Gutuater, rencontré dans le tome précédant et qui va prendre plus de place. C’est un personnage énigmatique, fou et drôle par moment. Bien plus que des “méchants”, ces personnages font parties intégrantes du destin du héros.

 

Les fils du destin se resserrent.

Ce tome est placé à l’aune de la féminité. L’occasion de s’attarder sur le rôle des femmes de cette époque. Qu’elles soient maîtresses de domaine, Hautes Reines, sorcières, elles sont puissantes et peuvent faire tomber bien des héros. Il y est question de filage, tissage, au sens propre comme au figuré. Trois jeunes femmes vont s’amuser de Bel, telles les Moires, les Nornes et autres tisseuses de destins.

Il y a toujours autant de références aux us et coutumes celtes, les Dieux et les croyances ne sont jamais très loin. Les druides respectés et craints, tant dans leur rôle de magistrat que dans leur rôle d’augure. Les bardes ont un rang important dans la société, porteur de la tradition orale et des récits, ils peuvent faire et défaire des réputations à grand renfort de satires ou d’éloges.

L’ambiance est toujours au rendez-vous, la documentation de l’auteur permet une immersion parfaite et un rendu d’une grande justesse. Il y a toujours ce côté homérique, épique, où la frontière entre les Dieux et les hommes est ténue. On sent bien que le destin de Béllovèse est hors du commun, mais à quel point ? Le destin se joue-t-il de lui ? Les Dieux se gaussent-ils de sa situation ? Seul le temps nous le dira.

 

Le bon mot.

Le style Jaworski, c’est une plume soignée. Ce qui m’impressionne le plus, je pense, c’est le vocabulaire, il est riche et c’est un réel plaisir à lire. Surtout dans son utilisation, le bon mot au bon moment, c’est ce qui fait la différence.

La narration avec de nombreux retours en arrière ne perd pas le lecteur, bien au contraire, le tout donne de la profondeur et de la rondeur à l’intrigue, tout en épaississant les personnages. Le premier tiers de ce tome est lent, un rythme nécessaire à l’introspection et à l’exploration de nombreux personnages. Il n’y a pas énormément d’action dans cette seconde partie, mais il y a un combat qui, comme à son habitude, en jette. Malgré des belligérants pouilleux, la scène est palpitante.

 

Vivement la suite.

Vous l’aurez compris, je suis toujours autant conquis par cet auteur. Rois du Monde, c’est de la fantasy historique avec un grand H, qui flirte avec les classiques des romans historiques et les grands récits mythologiques. Le travail documentaire de l’auteur est vraiment important et se ressent à chaque page tournée. À chaque fois, c’est un réel plaisir de lire ces lignes. Une écriture soignée, quasi parfaite hormis quelques tics, parfois agaçants (il laisse filer un peu trop d’instants). Le plus difficile est de garder le rythme entre les différents tomes. Se replonger dans cette ribambelle de clans, de noms celtes, n’est pas aisé, mais ce point ne tient qu’au lecteur.

Désormais, il va falloir attendre. Je note souvent l’impatience que certains manifestent à l’encontre de l’auteur. Personnellement, je n’ai qu’une chose à dire, prenez votre temps Monsieur Jean-Philippe Jaworski, si c’est pour nous servir des romans aussi bien écrits et aussi bien documentés, ce n’est vraiment pas un problème.

Pour ceux qui souhaitent découvrir cette saga, le premier tome, Même pas mort, est toujours disponible chez les moutons électriques et aussi en poche chez Folio SF.

Pour conclure, c’est une chance d’avoir un auteur francophone contemporain de cette trempe, il serait bête de s’en priver.

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D’autres avis sur ce tome : Just a Word

De plus, si vous voulez en savoir plus sur l’auteur et sur cette saga je vous conseille les interviews suivantes : Chez le Bibliocosme et chez Just a Word.

 

13 réflexions sur “Chasse Royale, nos ancêtres les Celtes.

  1. Jusque là, j’étais rétif à Jaworski, mais plus vous m’en parlez, vous tous, et plus l’intérêt commence à monter. Et moi qui commençais à voir le bout de certaines sagas-fleuve, je sens que je vais en reprendre pour un tour. Merci (ou pas, grrrr) pour ta critique 😉

    • Ravi de te convertir ! J’espère que tu y prendra autant de plaisir que moi. Puis je suis vraiment curieux de ton avis à ce sujet. Tu lis beaucoup plus de fantasy que moi, mais pour moi ici on touche le haut du panier, largement !

  2. Oups, boulette…

    Donc je disais que perso je vais attendre la sortie du troisième tome du deuxième volume ( ) avant de tout relire. À moins que… parce que l’attente commence à être un peu trop longue et que j’ai bien envie d’avoir ma dose de Jaworski… 😀

  3. Je vais attendre l’intégrale. Mais avec une telle critique cette résolution risque d’être diificile à tenir. Vil tentateur.
    Bref, maintenant, je n’ai qu’une envie c’est allez l’acheter d’un clic, c’est malin ça… surtout que comme tu le soulignes sa plume est “parfaite” – et quand j’entends dire que les auteurs de SFFF ne savent pas écrire….

    Excellente chronique.

  4. Pour ma part, ta critique me donne envie de passer mon tour. J’ai lu à sa sortie Même pas mort qui ne m’avait pas si emballé que cela. Je n’avais pas retrouvé le côté gouailleur de certains textes de Janua Vera ou de gagner la guerre. J’étais prêt à tenter Chasse royale tout de même, mais lorsque j’ai appris que ce tome allait être subdivisé en plusieurs volumes, j’ai préféré stoppé. Donc je reverrai dans 10 ans si ce cycle est fini. Comme tu le soulignes, beaucoup de personnages et de faits, qui ne sont pas faits pour ma mémoire à court terme.
    Le sentiment du fer est il du même tonneau que Janua vera ?
    En tout cas, je retrouve dans ton avis le ton de Même pas mort.

    • Dans même pas mort c’est vrai que le côté gouailleur si savoureux ne ressort pas vraiment. Béllovèse est jeune. Dans Chasse royale première partie, c’est la guerre, il y a quelques personnages pas piqué des verts, avec un caractère à coucher dehors. Y a pas à dire, il sait créer des bad boys. Quant à Béllovèse, il prend de l’assurance lui aussi. Sans être Benvenuto, il s’affirme. Après, ça reste une énorme fresque, avec plein de personnages et de faits effectivement, certains passages me font passer au passage en revue des armées dans l’Iliade, mais c’est clairement recherché et moins à brut tout de même.

      Le sentiment du fer est beaucoup plus court que Janua Vera, de mémoire j’en suis ressorti avec une très bonne impression. Il y a encore deux nouvelles dont je me rappelle clairement, l’aventure des nains dans Désolation et le chiffonnier de Profanation. C’est un recueil qui se situe un peu plus dans les canons de la fantasy classique. L’auteur y explore le passé de son monde.

  5. Pour ma part j’attends patiemment que les 3 volumes du tome 2 soient sortis histoire de tout lire d’une traite. L’auteur lui-même m’a dit que je faisais bien d’attendre de toute façon xD
    Mais j’ai hâte quand même ^^.

  6. Pareil, je pense lire ces seconds tomes (sic) quand tout sera sorti, vu que j’ai déjà oublié une partie du premier – qui était excellent, ceci dit. Comme ça j’enchaînerai avec le troisième !

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