Crash Alex Jestaire

Crash – Misère ordinaire

Crash est une novella d’Alex Jestaire publiée Au Diable Vauvert en janvier 2017, elle s’insère dans une série de textes au format court intitulée Les Contes du Soleil Noir — qui en comporte cinq. L’illustration de couverture et celles à l’intérieur du livre, dont je n’ai pas pu profiter réellement du fait du numérique, sont de Pablo Melchor.

Alex Jestaire est un auteur français, il a tout d’abord travaillé dans le milieu cinématographique à plusieurs postes : traducteur ; adaptateur de doublages ; scénaristes… En 2007 son premier roman, intitulé Tourville, est publié Au Diable Vauvert.

Les contes du soleil noir nous sont présentés brièvement en début d’ouvrage par Mr Geek, qui servira de Maître de cérémonie et par moment de narrateur externe. À la manière du Gardien des cryptes de la série horrifique Les Contes de la Crypte. Mais ici point d’horreur potache, avec Crash on se place plutôt sur du fantastique. Geek le voyageur immobile nous présente le Soleil Noir, puissance suprême qui percute la vie des gens et les changent à jamais.

 

T’en reprendrais bien une couche ?

Crash raconte l’histoire d’une jeune femme à l’existence triste. Mère isolée elle effectue des petits ménages pour s’en sortir. Menant une vie misérable, elle passe son temps à gérer galère sur galère depuis que son homme l’a quitté en lui laissant le marmot sur les bras. Mais ce n’était pas suffisant, car après un accident elle se retrouve sur un lit d’hôpital et sa vie ne sera plus jamais la même, pour le meilleur ou pour le pire ?

 

HLM, RSA, CMU, une vie en acronyme.

Les personnages du récit sont des gens d’en bas, de ceux dont on parle peu. À la manière d’un Stephen King, Alex Jestaire anime les couches populaires. Sa mère de famille croule sous une routine pesante et abrutissante. Elle passe son temps à joindre les deux bouts, peu sociabilisé elle n’a que son fils et sa télévision, devant laquelle elle passe des heures et des heures pour tenter de fuir une réalité aussi morne que triste. Pourtant elle a des capacités, une capacité que peu de personnes ont, mais le déterminisme social va faire qu’elle ne pourra jamais l’exploiter et elle passera son temps à ressasser ses regrets.

 

Television rules the Nation.

L’auteur s’amuse avec la société de consommation, au fil des pages il dégage ses contradictions. Avec son plus fidèle allié — le petit écran — la consommation est partout, du matin au soir, dès le petit-déjeuner elle s’invite à votre table. La mère de famille ne se rattache qu’à cela, il s’agit de sa bouée de sauvetage qui lui permet de ne pas sombrer dans la folie, ou d’en finir avec cette existence. On la sent dépassé, totalement désemparé.
Quant à l’aspect fantastique du texte, il est lié à ce Soleil Noir qui va faire irruption dans la vie de la jeune mère et la changer à tout jamais. Dans la deuxième moitié du récit le surnaturel est plus présent, il se mêle à la technologie et se situe dans l’air du temps, il n’est pas dérangeant et s’insère bien dans le récit. Mais malgré l’artifice, c’est toujours la mère de famille qui reste au centre du récit et qui va voyager d’une manière singulière et enfin sortir de sa barre d’HLM pour découvrir le monde…

 

Un style singulier.

Alex Jestaire a un style haché, ses phrases sont brèves, ciselées. C’est moderne et décomplexé. Cet aspect-là m’a séduit. Même si par moment certaines choses tombent à plat, je pense notamment à des dialogues qui m’ont fait tiquer, notamment des jeunes des cités qui en 2017 ne parlent plus comme ça et je ne suis pas certain qu’ils aient parlés comme ça un jour, un peu cliché. Alors est-ce voulu ? Je ne sais pas, je n’ai pas forcément ressenti le second degré. À côté de ça  il y a les interludes de Mr Geek, qui dénote totalement, ici le ton est plus nerveux et cynique, même si parfois il sonne faussement méchant. En dépit de quelques écueils, ce fut une agréable surprise. La hargne de l’auteur est l’un des points forts de ce court récit.

 

Un récit symptomatique de notre époque.

Crash nous raconte l’histoire d’une mère de famille vaincue par le déterminisme qui dans une autre vie aurait pu avoir une existence flamboyante. Sa vie, ses malheurs et son parcours font parties intégrantes d’une frange de la population dont on parle peu en littérature de l’imaginaire, a priori peu glorieuse. Pourtant Alex Jestaire arrive à accrocher le lecteur sur ce terrain-là avec un style moderne et nerveux. Son histoire est le fruit de notre époque à bien des égards, surconsommation, médias de masse omniprésents et bien sûr d’autres phénomènes plus percutants. À aucun moment il ne verse dans le pathos. Même si parfois il se teinte des parures du méchant avec Mr Geek ce n’est pas gratuit et sert seulement à souligner quelques absurdités de notre société. Malgré l’aspect fantastique qui ne m’a pas vraiment séduit, j’ai apprécié cette incursion dans la vie et la tête de cette femme isolée et issue du commun.
Je lirai les autres contes avec beaucoup d’intérêt.

 

 

3 réflexions sur “Crash – Misère ordinaire

  1. L’aspect fantastique de ce texte m’avait bien plu, de même que la vie quotidienne laborieuse de Malika. Quelques mois après sa lecture, j’ai encore des images en tête, le livre m’a donc marqué.
    Un indice pour tes prochaines lectures, le tarot y jouerait un rôle. Ne connaissant pas ce jeu, je ne peux infirmer ou confirmer, mais comme c’est l’auteur qui le dit, je veux bien le croire.

    • Très bon jeu le tarot, il faut pratiquer ! 🙂

      Oui, la vie de Malika est marquante, pour l’aspect fantastique je suis difficile à ce sujet, ça me fait souvent sortir de ma lecture, je peine à y croire, à me laisser porter.

      Sinon, je suis curieux de lire Arbre qui semble hermétique, ou cryptique.

  2. Je plussoie, le torat est un excellent jeu de cartes.
    Pour le livre, cet opus m’avait tenté chez le chien critique, mais la suite beaucoup moins. Le style ne m’attire pas des masses non plus.
    Du coup, il reste pour l’instant dans les limbes du peut-être.
    Merci

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