couverture demon wars

Demon Wars, l’éveil du démon – ou encore : Le Seigneur des Cailloux

Derrière cette appellation digne des meilleurs blockbusters hollywoodiens se cache le premier roman d’une trilogie de Robert Anthony Salvatore, paru chez Milady le 22 janvier 2016. La couverture classique, mais plutôt réussie, est d’Alexandre Dainche et la traduction de l’anglais (américain) est de Sandra Kazourian, à qui j’ai envie d’offrir un glossaire des termes maritimes (CF plus bas).

Robert Anthony Salvatore est un auteur américain de high fantasy très prolifique, il est connu pour avoir parcouru en long en large et en travers les Royaumes oubliés, un univers fictif créé pour le jeu de rôle Donjons et Dragons. Il s’est approprié ledit univers et l’a largement agrémenté et fait vivre. Le bonhomme n’a pas moins de 80 romans à son actif, son produit d’appel est sa saga sur Drizzt, le célèbre rôdeur elfe noir. Mais il a aussi écrit des romans sur Star Wars, enrichissant ainsi l’univers étendu.

C’est ma première tentative de lecture de cet auteur, je ne suis pas fan de ce genre de fantasy pure et dure (en lecture du moins) et j’avoue que les sagas à rallonges ne m’attirent pas plus que cela et c’est tout de même une spécialité de l’auteur. J’ai longuement hésité à opter pour les aventures de Drizzt, mais les dizaines de tomes m’ont refroidi, j’ai donc choisi une trilogie récente avec des retours corrects. Alors, si je n’aime pas trop lire ce genre, pourquoi m’infliger cela ? Parce que je voulais un peu d’inspiration avant de préparer une campagne de JDR dans le même univers et que je me suis dit aussi  que ce R.A. Salvatore était fort intrigant. Puis, il ne faut pas rester sur un a priori.
Bon c’était sympa, mais tout de même un peu bateau.

 

L’éveil du grand mal.

L’histoire est celle d’une entité démoniaque qui se réveille après des siècles de sommeil, enfermée et bannie suite à une âpre bataille menée par une coalition du Bien. À son éveil le démon sent son pouvoir croître et lève des armées composées de gobelins, de nains démoniaques et de géants. Son influence commence à se faire sentir sur les terres de Corona. Dundalis va en payer les frais, le petit bourg d’humains va subir une attaque de gobelins. Elbryan et Jilesponie (Pony), deux adolescents qui vivaient jusque-là paisiblement, et peut-être un début d’idylle, vont être séparés suite au massacre de Dundalis. Elbryan de son côté va être recueilli par les elfes et subir une formation de rôdeur. Doué d’emblée, prédestiné à devenir un grand représentant de sa classe, il semble être l’élu tant attendu. Pony, elle, va connaître une vie chaotique à la ville. En parallèle, l’ordre de Sainte-Mère-Abelle s’apprête à choisir un nouvel élu, eux aussi (parce qu’un seul ne suffisait pas), un jeune homme du nom d’Avelyn semble idéal pour le poste, les pères supérieurs montent une expédition pour se rendre sur une île secrète afin de récolter des pierres précieuses au pouvoirs fabuleux, Avelyn est envoyé, ainsi que trois autres novices.

 

Triptyque héroïque.

Elbryan, Pony et Avelyn forment donc le groupe de héros qui va affronter les périls de cette aventure et surtout ledit démon. Les deux premiers, pris individuellement, sont sympathiques, sans dégager non plus un charisme dingue, mis ensemble ils sont d’une niaiserie sans fond (ou sans fin), heureusement pour moi (pour le lecteur ?), ils sont séparés durant une bonne partie de l’histoire (sans trop spoiler hein, on se doute bien qu’ils vont bien finir par se retrouver). Elbryan est courageux, téméraire et va affronter toutes les épreuve de ces salauds d’elfes avec force et pugnacité. Il est presque un pinacle de vertus, rien à se reprocher, il est parfait, bon il en faut des supers gentils, mais tout de même, il ne peut pas avoir un vice le petit ? Ah si, son vice, c’est Pony. Justement, elle va galérer, trimbalée de ville en ville, de rencontre hasardeuse en rencontre hasardeuse, comme beaucoup de jeunes elle va s’enrôler dans l’armée pour trouver une famille, et quelle famille! encore une déconvenue. Finalement, son parcours est le plus riche des trois et le plus surprenant. Car du côté d’Avelyn le début est difficile, si le rôdeur est un modèle de vertu, le novice lui, est l’archétype du cul-bénit. Il idéalise sa foi, il ne vit que pour son Dieu (Dieu unique soit dit en passant, exit le riche panthéon des royaumes oubliés, mais j’y reviendrai). Et bien sûr, comme tout jeune avec un idéal il va tomber de haut, il va se rendre compte que le monde est cruel et que ses supérieurs sont de gros salopards. La suite de son aventure est plutôt réussie, même si le personnage en lui-même est un peu rébarbatif, il utilise toujours la même expression, moi qui m’étais plaint des expressions des personnages de La Cinquième Saison de N.K. Jemisin, mea culpa Madame Jemisin, vraiment. Ici, Avelyn a UNE SEULE expression qu’il balance à tour de bras sur des centaines de pages, nom de Dieu ce n’est pas humain. Comment laisse-t-on passer cela ? Ah oui, on fout un titre accrocheur, une couverture avec un gros Balrog et un nom connu (en gros caractères).
Bon, tout n’est pas à jeter, le triptyque de personnages est tout de même agréable à suivre, on sent que R.A. Salvatore sait raconter des histoires, malgré quelques maladresses et clichés ses protagonistes sont vivants, leurs antagonistes aussi, si l’on n’est pas allergique aux poncifs du genre, ce peut-être bien.

 

Les royaumes oubliés, même de lui.

Bon, là je marche sur des œufs. Je ne vais pas prétendre connaître sur le bout des doigts cet univers créé en 1975 par Ed Greenwood pour donjons et dragons et dont R.A. Salvatore est peut-être le premier des ambassadeurs. Univers riche qui a fait l’objet de nombreuses adaptations, en roman donc, mais aussi en jeu vidéo avec l’excellente série des Baldur’s gate (et Neverwinter Nights).  Lorsque j’ai cherché des éléments sur cet univers, je tombais immanquablement sur Salvatore, il fait référence en la matière. Le titre n’a rien de moqueur, mais pour dire qu’il a su oublier ce qu’il se faisait en la matière pour faire évoluer son monde. Dans Demon Wars au revoir le Panthéon des royaumes oubliés, riche et complexe.  Un culte monothéiste semble émerger, les anciennes races (elfes, nains etc) se font discrètes et les humains occupent le monde. Même si lu comme tel cela n’a rien d’original l’immersion est tout de même efficace, malgré les atours très classiques que prend le décor, la trame et les acteurs (le seigneur des anneaux n’est vraiment pas très loin de tout cela). Hormis peut-être certains des antagonistes, les nains maléfiques qui ont des bonnets rouges à force de les tremper dans le sang de leurs ennemies, ils m’ont semblé hautement ridicule et avec leur petit couvre-chef rouge je n’ai pu cesser de penser à leurs confrères bretons (mais l’auteur n’y est pour rien).
Il chamboule aussi la magie, plus de sorts qui émanent d’une trame magique englobant le monde et où les sorts divins sont accordés par une déité, ici les pierres précieuses font le boulot et un ordre religieux a le monopole dessus. Chaque pierre à un pouvoir spécifique, mais l’utilisateur à son mot à dire, tous ne sont pas égaux dans leurs utilisations. Sans être foufou il a au moins le mérite de tenter autre chose.
À l’heure où la fantasy anglophone est en plein renouvellement R.A. Salvatore continu dans ce qu’il sait faire, au risque de s’enliser et ce n’est pas un Dieu unique et un nouveau système de magie qui changent vraiment la donne. Mais lui demande-t-on vraiment autre chose ?

 

De l’aventure rythmé et efficace (mais aïe la traduction).

Je ne vais pas dire que la plume de R.A. Salvatore m’ait fait rêver, elle m’a accroché par contre, son style est très fluide, accompagné d’une simplicité qui améliore le sentiment d’avoir une histoire équipe à notre portée, pas de froufrous donc, il a une aisance avec les mots, le récit se déroule tout seul.  Même si par moments sa façon de présenter chaque personnage de manière didactique m’a agacé, car tu sais pertinemment qu’un personnage important fait son apparition puisqu’il a droit à une page de description, c’est un peu lourd. Pour la narration elle aussi est aisée, même si le premier tiers du livre est un peu confus sur les périodes (je n’ai pas tout compris, mais est-ce bien grave ?), il y a énormément d’action et toujours un petit quelque chose à se mettre sous la dent.
Pour la traduction ce qui m’a le plus gêné c’est, sans hésiter, le sentiment de manque de recherches, ponctué de maladresses comme : “passez le Gantelet de souffrance consentie”, le gantelet de souffrance consentie. Ou bien le mot “missile” qui est usé à tort et à travers, alors oui c’est proche de projectile, mais tout de même, balancer des missiles à tour de bras pour parler de flèches, de carreaux, de billes, est-ce bien sérieux ? Ou encore : “une palissade de bûches taillées”, les derniers qui ont tenté de faire une palissade de bûches l’ont senti passer. De plus, Il y a dans le roman un passage maritime, le novice qui prend le bateau avec ses confrères, elle a choisi le terme “lisse” pour désigner l’endroit parcouru par les protagonistes pour suivre l’action sur le pont. Ne serait-ce pas plutôt le bastingage ? La lisse existe bien sûr un bateau, mais il est difficile de la parcourir. Elle parle aussi d’une digue pour s’amarrer. Une digue ne sert pas à s’amarrer, mais à protéger la rade. Alors ce n’est pas dans mon habitude de jeter la pierre, mais là tout de même au bout de plusieurs maladresses je n’en pouvais plus et cela m’a en partie gâché le plaisir de lecture (alors je vois d’ici Gromovar ou Apophis me dire : lis-le en VO. Oui oui, je suis d’accord, mais à ce moment-là pourquoi le traduire ?). Surtout que je ne connais pas cette traductrice, elle n’a peut-être eu ni le temps, ni les moyens, de faire les choses convenablement, ce qui me semble être l’explication la plus probable.

 

Trop High pour moi.

Même si j’ai fini le livre et que j’ai apprécié certains de ses aspects, cette lecture sera loin d’être inoubliable, une quête épique, un roman initiatique, rien qui bouscule le genre. Mais difficile de dénier le fait que R.A. Salvatore est un auteur efficace, 650 pages tout de même lus rapidement et sans ennui (à part les moments gnangnan mais c’est personnel). Cependant, j’ai eu l’impression d’avoir du réchauffé de tout ce qui s’est déjà fait. En fait, les premiers du genre étaient des revisites de nos contes et de nos légendes, souvent très sourcés (historiquement parlant) et c’est ce qui faisait leur charme, ici c’est une revisite des canons d’un genre usé jusqu’à l’os. Alors, je sais très bien qu’il y a un public important pour ce type de lectures, mais je préfère largement l’aspect ludique de la chose et je vais, a priori, me limiter à cela, où mieux choisir mes lectures. Je ne lirai pas la suite de Demon Wars, trop long et pas assez intéressant, mais je retenterai peut-être un jour un autre roman de l’auteur, pour ne pas rester là-dessus, puis la saga de Drizzt à l’air tout de même un cran au-dessus.

 

8 réflexions sur “Demon Wars, l’éveil du démon – ou encore : Le Seigneur des Cailloux

  1. C’est l’image que j’ai de l’auteur sans jamais en avoir lu : de la fantasy bateau mais agréable. Si un jour j’ai plus rien à lire quoi… Jamais donc…

  2. Concernant R.A Salvatore, j’ai un seul de ses romans, acheté en promo Bragelonne en numérique, mais j’avoue que je ne suis guère pressé de tenter la chose. Même si je suis loin d’être hostile à cette Fantasy basique, j’ai un peu peur qu’après trente ans de jeu de rôle, tout cela me semble cliché et ennuyeux. Ce que confirme ton excellente (comme à chaque fois) critique.

    • Merci 🙂
      Même si tu n’es pas hostile à cette fantasy classique il y a des choses qui vont te faire bondir, c’est certain. Après, je ne sais pas, peut-être que ce livre n’est pas ce qu’il a fait de mieux.

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