Flamand des vagues couverture

Flamand des vagues – Amour d’Ostende

Flamand des vagues est un roman-fleuve de Jan Van Dorp, publié initialement en 1948 (la date à son importance), il est réédité chez les éditions Libretto en 2003. Un petit mot sur cette édition, j’ai récupéré la version numérique, et bordel ! Enfin une maison d’édition qui parvient à fournir un produit bien fini, efficace et soigné. Les notes de bas de page s’ouvrent dans des pop-up puis se ferment facilement et le lecteur reste sur la même page. La structure de l’ebook est très bien ficelée, le tout est bien indexé et il n’y a aucun problème avec les prises de notes qui ne se retrouvent pas ensuite sens dessus dessous. Rien à redire, les autres éditeurs, allez-vous renseigner.

Jan Van Dorp est un auteur belge (1908-1988), il est considéré comme le Céline national dans son pays. À peu près pour les mêmes raisons, puisque le monsieur a participé allègrement à des journaux collaborationnistes durant la Seconde Guerre mondiale, et comme si cela ne suffisait pas, il publie en 1943 un roman intitulé Vent de combat qui glorifie la Légion Wallonie, qui n’est autre qu’une division de la Wafen-SS composée de Belges francophones volontaires. Étiquette de traître et ostracisation pour l’auteur. Normal. J’avais repéré et acheté ce livre avant d’en savoir plus sur l’auteur, mais est-ce que cela m’aurait empêché de le lire ? Je ne pense pas. Même si certains passages m’ont bien gonflé, notamment à cause de l’historique du monsieur et la date à laquelle il a écrit. 1948.

Bref, Flamand des vagues est considéré comme l’un des plus grands romans maritimes francophones, écrit par un amoureux de la mer et des navires (il n’aimait pas seulement les nazis, heureusement), il est considéré comme une œuvre majeure du réalisme flamand. C’est un sacré roman d’aventures, une épopée familiale et un hommage à la Flandre et plus particulièrement à Ostende.

 

La folle vie de Marinus De Boer.

Ce n’est autre que le sous-titre de Flamand des vagues et il résume à lui seul la trame du livre. C’est une épopée personnelle, familiale et nationale qui se joue dans les pages du roman. Tout débute lorsque Marinus De Boer est enfant, il est sur les docks, avec un ami, tous deux ont le regard fixé sur l’horizon, au loin La Justice tente de rejoindre le port d’Ostende, mais une flotte de néerlandais l’en empêche. Marinus est stressé, son père est à bord. Il va perde son paternel dans cet épisode fâcheux, la rivalité entre les Néerlandais les Ostendais ne cessent de croître. La mer du nord est un véritable coupe-gorge, les navires revenant des Indes (orientales ou occidentales) attisent les convoitises. Qu’importe, tout cela ne va pas empêcher le jeune Marinus de s’embaucher dans le premier équipage qui veut de lui. De Boer va se tailler une réputation exceptionnelle, il va fonder une famille et perpétrer, ainsi, la tradition maritime, avec pour activité la piraterie ou la pratique de la course, au choix, elles ont des frontières très ténues.

 

Une famille formidable.

Marinus, dit Rinus, va être élevé par deux marins, dont Cabiljauw homme à tout faire qui aime la vie, cuisiner, conter, s’amuser. Cet escogriffe au grand cœur est un personnage très réussi et fort attachant, plein d’humanité et de bons sentiments. Rinus va fonder sa propre famille, il va se marier avec Maria qui n’est pas du monde la mer, mais qui va tout encaisser, les absences, les risques et la vie dissolue des marins. Ils auront trois fils et une fille. Les trois garçons sont tous différents, comme peuvent l’être les enfants au sein d’une fratrie. La fille elle, sera mariée, son rôle s’arrête là. Si Jan Van Dorp décrit parfaitement la société des marins, son traitement des femmes, même s’il est surement fidèle à l’époque, est aride. Elles se limitent à être bonne à marier ou non, vieille fille, et souvent décrites comme des ménagères tyranniques. Pour les terriens, ou les rampants, c’est un peu la même chose, il idéalise les marins et les places en haut de l’échelle de l’humanité, ce n’est pas déplaisant et c’est même très bien fait, mais c’est un parti pris auquel on adhère ou non. Je vous épargne le passage du juif qui débarque à Ostende et qui forcément est avare, évasif et sournois. Hormis ces défauts, la fresque familiale peinte pas l’auteur est fantastique, bizarrement empreinte d’humanité.

 

Gueux des mers.

L’aventure de Flamand des vagues se situe entre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe, époque durant laquelle les grandes Nations et les comptoirs commerciaux se livraient une guerre sans merci, sur tous les plans – commercial, diplomatique, idéologique – et tout autant sur la terre que sur la mer. Le roman, thématiquement parlant, est essentiellement basé sur les Ostendais, la famille De Boer, mais bien au-delà, l’auteur y dépeint la vie de cette ville portuaire qui n’a cessé de passer de main en main. Tour à tour néerlandaise, espagnole, française, mais eux les Ostendais restent inchangé, fidèle à leur ville, à leur terre et à la mer nourricière. Dans le livre, à ce sujet, il y a un passage qui m’a fait tiquer, peut-être une justification de l’auteur sur ses années troubles ?

 

Farouchement indépendants, ne servant d’autres maîtres que leur caprice et leur humeur, les Ostendais éprouvaient une joie âcre et bonne à combattre leurs occupants d’hier. Tout comme, le lendemain, ils pourraient aborder en jubilant leur dominateur d’aujourd’hui.

Cette phrase n’excuse rien bien entendu, mais à la lecture du passé sulfureux de l’auteur et du roman, elle permet d’avoir un début d’explication ? Quoi qu’il en soit, ce roman est basé sur l’amour de ce bout de Flandre, faible face aux grandes nations, mais qui a tenu bon par la grandeur de son peuple. Très nationaliste conceptuellement. L’idéalisation de Jan Van Dorp ne s’arrête pas là, elle touche aussi aux marins. Ils sont la quintessence de l’homme, ce qui se fait de mieux et les seuls à même à comprendre le sens de la vie et l’adversité de cette dernière. Mais à aucun moment il ne s’attarde sur la cruauté, la violence de cette période. Il la touche du bout du doigt, mais la drape d’un voile de pudeur pour ne garder que le bon, ça doit être une de ses caractéristiques, voiler l’abject et ne garder que les avantages. Deux mots sur ce qui m’a poussé initialement à lire ce livre, les corsaires, la mer, la navigation et les navires. De ce côté-là, c’est une réussite, du grand travail d’artiste, l’homme connaît son affaire, les scènes maritimes sont d’une crédibilité forte et elles sont belles. Sans compter sur ses personnages de marins nombreux, variés et attachants.

 

Conte maritime et fresque familiale.

La narration de Flamand des vagues se déroule sur plusieurs décennies. De la jeunesse de Marinus à la carrière de ses propres enfants. Il se passe énormément d’événements, tant que j’ai cru en refermant le livre qu’il faisait environ 1000 pages, alors qu’il en fait 300 de moins. Non pas parce que c’est long et barbant, seulement car c’est dense et étalé chronologiquement. Il n’hésite pas à faire à plusieurs reprises des ellipses de dix ans et c’est avec plaisir que le lecteur retrouve les personnages du roman avec quelques années de plus. Il n’hésite pas non plus à entrecouper son histoire d’intervenants extérieurs, des marins qui vont et viennent et racontent une anecdote, une aventure maritime, avec tout l’aplomb, le cérémonial et la théâtralisation nécessaire à l’histoire. Ces passages sont savoureux.
Pour le style, c’est un roman à mi-chemin entre le réalisme et le romantisme. Il n’est pas possible de le qualifier à cent pour cent de réaliste, car l’auteur omet trop de pans de la vie pour que cela le classe dans cette catégorie. Mais il est tout autant réaliste que romantique, Jan Van Dorp aime la lumière, la mer, le bois, les constructions humaines et les gens. Ses descriptions, souvent longues, sont de véritables tableaux, l’équivalent littéraire d’un peintre de marine.

 

Un magnifique roman maritime.

J’ai pris plaisir à lire Flamand des vagues, la flamboyance des mots, la beauté des descriptions et l’humanité qui s’en dégage. Mais aussi la crédibilité et la force du récit et des aventures proposés par l’auteur. Alors, si le passé de l’auteur ne vous pose pas de problème et si vous distinguez l’œuvre de ce dernier, ce roman est une véritable réussite. Hormis tout de même, des passages au nationalisme exacerbé, des préjugés bien tenaces. Ce qui est dérangeant au final, c’est que ça se passe au XVIIe siècle donc cela peut-être justifié, mais il est tout de même difficile d’omettre l’auteur derrière certaines lignes et certaines idées. J’ai eu du mal à écrire cette chronique, je ne savais pas par quel bout la prendre, car j’ai aimé le roman, un peu comme un plaisir coupable.

 

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