Couverture la guerre des mondes

La Guerre des Mondes – Tripode-moi l’imaginaire

La Guerre des Mondes est un roman de Herbert Georges Wells paru pour la première fois en version originale en 1898. Il sera traduit en France en 1917, en pleine première guerre mondiale la population devait être toute jouasse de se mettre un tel récit sous la dent.

Herbert Georges Wells est connu pour bon nombre d’œuvres de science-fiction qui ont fait date et qui servent encore de références. C’était aussi un auteur d’œuvres sociales satiriques et ce point-là de sa biographie m’intéresse tout particulièrement. Car, sous ses airs naïfs et nationalistes, La Guerre des Mondes n’est peut-être pas si innocente que ça et offre plusieurs degrés de lecture.

La Guerre des Mondes est un monument de la science-fiction, ou une antiquité, au choix. Il a fait l’objet de maintes rééditions, adaptations, réhabilitations, sur à peu près tous les formats possibles. La plus notable et la plus drôle reste l’adaptation radiophonique concoctée par le réalisateur Orson Welles, l’émission aurait semble-t-il créé un vent de panique aux États-Unis, certains des auditeurs pensant qu’une invasion extra-terrestre était effectivement en train de se dérouler. Une espèce de légende s’est créée autour de l’événement.
Plus récemment et n’ayant strictement rien à voir, Stephen Baxter a imaginé une suite à cette œuvre, publiée en France chez Bragelonne, ouvrage dans lequel le premier récit est intégré. A la fermeture du roman, il est facile d’imaginer tout un tas de suite, à l’occasion je lirais peut-être cela par curiosité.

Quoi qu’il en soit, c’est un roman qui a largement imprégné l’imaginaire collectif avec ses tripodes et son invasion apocalyptique de la Terre. Les fameux engins martiens sont devenus des figures emblématiques et ont largement inspiré l’univers de la science-fiction. Pour ma part, j’ai décidé de lire ce livre, car : 1/c’est court ; 2/c’est gratis et ça fait partie du patrimoine mondial littéraire ; 3/parce que j’en avais marre d’avoir en tête l’adaptation hollywoodienne de Steven Spielberg servie avec Tom Cruise comme référence.

 

Day one.

1894 quelques astronomes notent une activité anormale à la surface de la planète rouge. Il s’agit en réalité des martiens en train d’envoyer des troupes sur Terre via un énorme canon. Le narrateur est invité par un astronome à observer le phénomène. Quelque temps plus tard, les premiers cylindres s’écraseront sur l’Angleterre, dont un à une centaine de kilomètres de la demeure de l’astronome qui s’empresse d’aller sur les lieux du crash. Le narrateur décide de prêter main forte au vieil homme et assistera à l’inimaginable.

 

Le professeur perdu.

Le personnage principal est aussi le narrateur, on sait peu de choses sur lui, si ce n’est que c’est un homme érudit qui a une haute estime des sciences. Il va croiser la route de quelques protagonistes, des témoins de l’époque. Un militaire, un vicaire, des paysans. Il y a peu de personnages féminins et ils sont considérés comme faible, bon ça fera surement grincer des dents, mais c’est tellement anecdotique dans le récit que ça ne dérange pas. Et puis désormais tout le monde sait que c’est faux. Plus tard dans le récit, le frère du narrateur est intégré à la trame, un étudiant en médecine, il vit à Londres et va permettre de suivre les événements à la capitale britannique, de quoi croiser la aussi un pan important de la population, les citadins.
Le narrateur va déambuler à droite et à gauche pour les besoins de sa survie, il va être témoin de la débâcle générale face à l’invasion et de la stupidité des gens. Quelques-uns des personnages qu’il croise sa route offre des moments mémorable, comme celui du vicaire censé être un Homme de Dieu et garant de la morale, mais qui révèle son vrai visage face à l’adversité.

 

L’impérialisme britannique comme moteur.

La Guerre des Mondes peut paraître simplet au premier abord. De plus, il bénéficie d’une aura pulp et populaire. La lecture du roman est tout autre. C’est une œuvre qui permet plusieurs niveaux de lecture, il est possible de le lire comme un monument de la SF qui retrace une rencontre du troisième type qui tourne mal. L’invasion extra-terrestre apocalyptique qui sera maintes fois reprise. Or, en poussant un peu, on se rend vite compte de la critique que fait H.G. Wells sur son époque et sa nation : le Grand Empire britannique. Au départ, le roman semble très centré sur l’Empire et dégage une haute estime de l’Angleterre. En effet, tous les cylindres tombent chez eux, c’est quand même très prétentieux, on dirait un film hollywoodien avec sa géographie très particulière. J’étais un peu déçu, j’avoue, puis au fil de la lecture se dégage une critique, très voilée et entre les lignes, de l’impérialisme britannique et du colonialisme. Les Britanniques se font écraser comme des fourmis et ne peuvent lutter contre la puissance technologique des martiens et certaines réflexions du narrateur ne font qu’appuyer ce sentiment. Les martiens ont les moyens de coloniser la Terre, pour quoi s’en priver ? Les rayons ardents et la fumée noire détruisent tout sur leurs passages et font froid dans le dos. Surtout concernant la fumée noire et ce qui suivra lors de la Première Guerre mondiale et l’utilisation des armes bactériologiques.
Pourquoi cette critique à peine voilée ? Pour rester dans les clous et ne pas se faire retoquer son œuvre ?
Il y a aussi quelques critiques sur la religion pour laquelle l’auteur estime qu’elle n’a d’intérêt que pour surmonter les épreuves. Pour l’époque, ça me semble audacieux. Un récit qui parle de la vanité et de l’arrogance de l’humanité qui en cette fin du 19ème se résumait, quasiment, aux Occidentaux.
Mis à part ces propos qui me semblent être les plus intéressants du roman, les connaissances scientifiques avancées sont souvent désuètes. Mais peu importe le reste sauve la mise. L’aspect technologique lui est très ancré dans la mécanique, les tripodes et les machines martiennes sont à l’image des connaissances de l’époque, une esthétique qui fait du steampunk avant le steampunk. Autre aspect à noter, le sense of wonder de l’époque, qui se projette sur Mars qui semble inaccessible et mystérieuse. Sur les éléments qui font rêver le lectorat les thèmes ont bien changés, Mars est toujours là certes, mais les enjeux de sont plus les mêmes.

 

Un style classique et soigné sans être désuet.

La narration se fait au travers d’un journal écrit par le narrateur, postérieurement à la catastrophe. Le départ est très didactique, il se sent obligé de tout expliquer. Ce qui de nos jours paraîtrait lourd ou inutile tant la science-fiction a pénétré les esprits. Ensuite, les chapitres sont courts avec une structure feuilletonnante étrangement moderne. Seul bémol, quelques facilités scénaristiques qui gâchent un peu le plaisir. Deux grandes parties se dégagent permettant d’embrasser tous les théâtres de Guerre, le lecteur a droit aux martiens des champs et aux martiens des villes.
Le style est soutenu, soigné et dégage une certaine pudeur. Pour autant il n’est pas verbeux ou bavard, le texte est épuré pour coller à l’idée de journal. Il y a quelques belles images et descriptions, ce genre de choses, contrairement aux idées, ne prennent pas une ride.

 

Un bon classique qui reste pertinent.

J’ai été agréablement surpris par cette Guerre des Mondes, je m’attendais à un récit qui sent la naphtaline, vieillot, dont l’intérêt aurait perdu en vigueur. Il faut dire que très souvent les œuvres d’invasions extra-terrestres sont basses du front. Mais au diable les préjugés, c’est une œuvre qui a fait date et contrairement à certaines, c’est totalement justifié. L’universalité de la lutte et sa simplicité, ainsi que la haute différence technologique en font un récit intemporel. Le roman n’est pas parfait, je pense notamment à certaines facilités scénaristiques, une vision sociétale restreinte, des poncifs scientifiques dépassés. Mais qu’importe, l’ambiance et l’aspect visionnaire de l’œuvre gomment largement ses défauts.  J’ai été agréablement surpris du ton quasi politique de ce roman, un aspect auquel je ne m’attendais pas du tout, c’est un peu la cerise sur le gâteau. Je lirai d’autres œuvres de H.G. Wells avec plaisir, je pense notamment à La Machine à explorer le Temps et l’Île du docteur Moreau.

 

 

13 réflexions sur “La Guerre des Mondes – Tripode-moi l’imaginaire

  1. Tripode-moi l’imaginaire : é-nor-me !

    Sinon, si je suis d’accord avec toi sur le fait que si la plupart des livres (ou films, séries) d’invasion alien sont assez basiques, il en existe de beaucoup plus subtils. Dans le genre, je te conseille la nouvelle Passagers de Robert Silverberg.

  2. Intéressante analyse, j’avoue que j’ai lu le roman il y a trop longtemps pour avoir perçu cette critique entre les lignes. Les monstres martiens de Wells ont d’ailleurs inspiré un roman peu réussi (selon les critiques) mais amusant à mes yeux : La Machine à explorer l’Espace, de Christopher Priest (1976). Je conseille malgré la note assez faible pour cet auteur.

    • Merci, du coup je pense que ça m’a permis d’apprécier un peu plus l’oeuvre, le ton qui frise par moment la culpabilité m’a vraiment frappé.
      Je ne savais pas que La Guerre des Mondes avait inspiré un livre à Christopher Priest, merci pour l’info ! Il n’est pas toujours évident de percevoir certains éléments d’une œuvre, ses références culturelles, les conditions dans lesquelles on la lit, le moment où on l’aborde aussi, tout cela influe sur le ressentiment global.

  3. Grâce à son entrée dans le domaine public, j’ai (audio-)lu quelques récits de Wells depuis le début de l’année et c’est assez intéressant de voir la différence entre l’imaginaire collectif et l’histoire de base.
    Je n’avais pas pensé que La guerre des mondes se passait en Angleterre au XIXe siècle, par exemple.

    Si je me souviens bien, je n’avais pas trouvé ce récit exceptionnel, mais c’était sympa tout de même (plus que La machine à explorer le temps, qui m’a déçue, je crois) et le protagoniste était beaucoup plus sympathique que l’Homme invisible, par exemple (qui, lui, est une belle ordure). Par contre, je crois n’avoir pas été sensible au côté critique politique de l’œuvre… Faudrait que je le réécoute, un de ses jours.

    Pour ceux que ça intéresserait, je me suis servie sur ce sympathique site de livres audios (gratuits) : http://www.litteratureaudio.com/livres-audio-gratuits-mp3/tag/herbert-george-wells. Il n’y a pas -encore- L’île du Dr Moreau, par contre.

    À part ça, chouette critique 🙂
    (Le clin d’œil à La Fontaine, c’est volontaire ? ^^)

    • Totalement involontaire le clin d’œil pour le coup. Il se trouve où ? 🙂

      Pour la critique politique de l’oeuvre, c’est vraiment sous-jacent, quelques réflexions du narrateur, presque dans l’ombre du récit. Je ne suis pas certain que cela ressorte vraiment en livre audio. Je ne suis pas coutumier de ce format, mais merci pour le lien, à l’occasion pourquoi pas et ça peut intéresser d’autres personnes.

      Concernant les autres œuvres de H.G. Wells je les lirais à l’occasion, merci pour les retours.

      • “le lecteur a droit aux martiens des champs et aux martiens des villes”, ça m’a fait penser au “Rat des villes et [au] rat des champs”.

        En pleine journée, je n’arrive pas à écouter un livre-audio (il faudrait que je ne fasse rien d’autre en même temps), mais le soir pour éviter de penser à plein de trucs et aider à m’endormir c’pas mal (sauf quand c’est trop passionnant, du coup ^^).

        D’ailleurs j’en profite, vu qu’on est la veille d’Halloween (oui, je sais, tout le monde ne parle que de ça) : il y aussi des nouvelles de H.P Lovecraft sur ce site : http://www.litteratureaudio.com/livres-audio-gratuits-mp3/tag/howard-phillips-lovecraft (notamment celles lues par Vincent de l’Épine, que j’apprécie particulièrement).

        Voilà, j’arrête le hors-sujet, promis. Bonne (fin de) soirée ! 🙂

        • Alors, à ce moment-là le clin d’œil est voulu, du moins destiné à la locution connue, mais je ne savais pas qu’à l’origine c’était de La Fontaine, j’admets mon ignorance à ce sujet. Merci pour la référence, toujours bon à savoir.

          Mince, j’avais presque réussi à avoir 0 référence à Halloween sur mon blog, je ne te remercie pas ! 🙂

          Il ya du choix en tout cas, gratuit, c’est cool.

  4. Je l’ai lu il y a longtemps, j’en garde le souvenir d’un texte un peu daté dans certaines idées mais qui se lit encore très bien. La machine à explorer le temps est très bien aussi (et exactement dans la même veine : datée mais excellente dans ses idées).

  5. Comme beaucoup de gens je l’ai lu il y a longtemps, mais j’étais pas encore apte à lire entre les lignes et le roman m’avait déçu. Beaucoup trop mal vieilli, cliché et complètement pas intemporel, ça m’avait gâché l’immersion. L’histoire des petits martiens hostiles qui viennent tuer les humains, pessimiste et so serious. Je préfère quand c’est drôle et que le Président Nicholson gère la crise.
    Sinon j’adore l’anecdote de la radio! 😀

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