Identification des Schémas

Identification des schémas – Welcome to The Internet

Identification des schémas est un roman de William Gibson paru en 2003, traduit de l’anglais par Cédric Perdereau, il est publié aux éditions Au Diable Vauvert en 2004. Ce tome est le premier d’un cycle intitulé The blue ant, les trois tomes le composant semblent indépendant, mais s’inscrivent dans les mêmes thématiques.

Concernant William Gibson, j’en ai fait une brève présentation dans ma chronique sur Neuromancien, j’étais ressorti de cette lecture déçu et frustré, en grande partie dû, semble-t-il, à la traduction. Qu’en est-il de cette nouvelle approche avec cet auteur ?

Pourquoi y retourner ? Au détour d’une soirée jeux en Guadeloupe, je suis tombé sur un amateur de SF, il m’a proposé de me prêter ce livre. Même si je n’ai pas percuté sur le moment qu’il s’agissait d’un roman de William Gibson, ce fut l’occasion pour moi de tenter à nouveau cet auteur. Malheureusement, je pense que ça ne passe pas entre nous. Et cette fois-ci, la traduction n’y est pour rien.

 

Vidéo virale.

Cayce Pollard, fille d’un cador de la sécurité américaine disparu lors du 11 septembre, est consultante pour des grandes marques, son job : chasseuse de « cool ». Elle arpente les rues de New York pour dénicher les nouvelles tendances, avant qu’elles ne le deviennent. À côté de son job, elle s’intéresse au Film, des fragments d’une œuvre cinématographique découpée et balancée sur le web sans source, sans explication. Elle a rejoint une communauté underground, évoluant sur un forum, pour en décortiquer les passages.

En voyage à Londres pour un contrat avec Blue Ant une grosse boite de Marketing, elle va se rendre compte de l’effraction de l’appartement où elle loge, discrète intrusion, mais non sans conséquence. Piratage de sa boite mail, vol du dossier de sa psy. Qui la traque ?

 

Cayce Pollard se démarque par sa névrose.

Le personnage principal de ce roman est singulier. En effet, Cayce Pollard est atteinte d’un trouble très particulier, pour résumer : elle est phobique des marques. C’est d’ailleurs ce qui lui permet d’exceller dans son job. Mais sa névrose n’est pas sans conséquence sur sa vie quotidienne. La particularité de ce roman est qu’il s’inscrit dans son temps et cela s’applique aussi à ses personnages. Si Cayce a bien sûr des liens sociaux IRL, elle en a énormément en ligne, notamment elle se contente de converser uniquement par mail avec sa famille, ou bien avec son ami Damien perdu sur un site archéologique en Russie. Ce dernier est réalisateur, il tourne un film obscur portant sur un ossuaire de 1917. Mais pour en revenir à Cayce, ces principaux contacts sont sur le forum où sa communauté se réunie pour parler du Film, sur la plate-forme ça se dispute au sujet de cette oeuvre singulière, des mouvements doctrinaux parviennent même à se dessiner, d’un côté les progressifs, de l’autre les complétistes. Parkaboy, Mama Anarchia sont tout deux utilisateurs d’un bord différent et font parti prenante de la vie de la jeune femme. Elle va aussi croiser la route de revendeurs de vieux calculateurs, marché de niches pour des ultras geeks qui trempent dans des domaines pas toujours très nets et va, là aussi, découvrir un monde underground insoupçonné.
Identification des schémas
propose une galerie de personnages moderne, underground et « cool », la plupart sont très secondaires, étant donné que Cayce occupe une place prépondérante, mais l’aspect « amis virtuels » est intéressant, quel va-t-être l’impact sur l’histoire de toutes ces personnes qu’elle côtoit tous les jours en ligne.

 

Anticipation à court terme.

Dans Identification des schémas William Gibson propose un récit imprégné de son époque, Cayce évolue dans une société post 11 septembre où la surveillance de masse commence à s’implanter dans la société. Mais c’est une époque qui permet aussi un rapprochement fulgurant des citoyens. Internet réduit les distances, on peut discuter avec n’importe qui, n’importe quand, n’importe où. Forums, mails, tous ces nouveaux outils fabuleux sont toujours d’actualités, même s’il ne parle pas d’IRC, qui était pourtant le moyen de communication underground par excellence (avec comme remplaçant actuel Discord), Gibson s’amuse de tous ces supports et démontre leurs avantages et leurs inconvénients…
L’autre pan thématique est l’essor d’une nouvelle forme de marketing, forcément internet est en train de tout révolutionner et les publicitaires sont déjà sur le coup. Il esquisse les prémices du marketing viral avec talent, anticipe ce qu’internet va bouleverser à ce niveau. La publicité et la promotion sont en train de changer et les cols blancs sont déjà sur le coup. Il traite des ravages du marketing et de sa puissance liée au cerveau reptilien, difficile d’y résister. Et touche du doigt notre ère post-vérité.
Il parle aussi d’internet et de la mine d’or d’informations qu’il constitue. Il détoure les futurs leaks et autres fuites, les anonymes qui se chargent de fouiller, farfouiller et dénicher les informations sensibles et bien sûr les partages qui s’en suivent.
À l’instar de Neuromancien, les thématiques et leurs traitements sont un plus dans ce roman, William Gibson a un talent certain pour s’amuser des technologies, anticiper leur impact et dérouler leurs interactions avec ses personnages. Ces aspects-là du roman sont vraiment réussis et captivant, mais…

 

Un style bavard et un rythme lent.

Voilà, je pense que j’ai du mal avec le style de William Gibson, ses descriptions sont beaucoup trop focalisées sur l’insignifiant à mon goût, même si dans ce roman ce peut être justifié par la névrose de l’héroïne. Mais non, il est beaucoup trop bavard, il décrit tout et n’importe quoi et cette volonté poussive impacte grandement le rythme de son roman. Même si certaines sont parlantes, comme lorsqu’il s’amuse des références pop, avec par exemple des plans à la Ridley Scott comme il le dit lui-même et aussi, sur les tenues vestimentaires qu’il décrit à outrance, allant des codes vestimentaires passe-partout ou à de véritable “personnage-homme-sandwich”. Mais malheureusement, les bonnes idées sont noyées dans la masse.
Les phrases sont tantôt courtes, tantôt longues, déstructurées, tronquées ou brèves, une fois sur deux c’est percutant, l’autre fois c’est déroutant. C’est vraiment singulier, on apprécie ou non, difficile d’y trouver un juste milieu.
L’histoire met des plombes à décoller et au final s’enlise sans forcément que le jeu en vaille la chandelle. Il multiplie les arcs narratifs secondaires qui conduisent on ne sait trop où, pour parvenir à une fin déroutante, égale au reste, après presque cinq cents pages de lecture, c’est rude.
Contrairement à Neuromancien où la traduction était catastrophique, ici rien à redire à ce sujet, il s’agit donc d’un problème avec la plume de l’auteur, un problème hautement personnel, j’en conviens.

 

Identification des problèmes.

Pour ma part, la lecture de ce roman aura au moins eu le mérite de me forger un avis définitif sur William Gibson. Pourtant, tout n’est pas à jeter, son héroïne et sa névrose apportent une touche originale et intéressante. Son traitement de la société et sa vision du web sont pertinents, ça n’a pas pris une ride et c’est tout de même à souligner. Mais tout cela ne suffit pas à en faire un bon roman. Identification des schémas est un techno thriller qui séduira ceux qui aiment les histoires intimistes, ou bien ceux qui veulent avoir une bonne vision du monde tel qu’il était après le 11 septembre et les prémices de l’internet grand public, l’anticipation du marketing viral, et de la promotion omniprésente, de ce côté-là, c’est réussi.

 

 

4 réflexions sur “Identification des schémas – Welcome to The Internet

  1. Comme toi, je ne suis pas un fan de Gibson.
    J’ai lu Identification des schémas il y a quelques années et je n’en ai aucun souvenir. Par contre je n’avais pas trouvé le style repoussant, au contraire, je l’avais lu assez rapidement. C’est sur le fond que j’avais pas accroché.
    Mais je ne désespère pas de lire un Gibson qui me convienne. 😉

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