Couverture Kafka Dans la colonie pénitentiaire

Kafka, Dans la colonie pénitentiaire et autres nouvelles.

J’ai lu ce recueil dans le cadre de ma PAL pour le second trimestre 2017 et clos ainsi ce mois « consacré » à du classique et plus particulièrement à Franz Kafka.

Dans la colonie pénitentiaire et autres nouvelles est une compilation de textes de Franz Kafka proposée par GF-Flammarion. Ce volume ne contient que des textes que l’auteur a publiés sous forme de livre de son vivant et avec son approbation, sans pression extérieure, à savoir : Considération ; Le verdict ; dans la colonie pénitentiaire ; Un médecin de campagne. Pour en savoir plus sur Franz Kafka, je vous invite à lire ma chronique sur son journal.

 

Considération, sa première publication.

Ce recueil est constitué de dix-huit courts récits, sur quarante-deux pages. Certains tenant sur un seul paragraphe. Il s’agit essentiellement de textes centrés sur des réflexions intérieures, des errances solitaires. La routine d’un commerçant et l’absurdité qui peut se dégager de cette vie ou bien la réaction face à un malheur.

Le tout dans un style sec et une maîtrise des descriptions tant intérieures qu’extérieures propre à l’auteur. Tantôt, il y décrit une passagère d’un tramway, tantôt la nature lors d’une balade, ou à travers une fenêtre.

Concernant ce recueil, l’auteur a émis des réserves, visiblement il n’était pas satisfait du résultat. Effectivement, il ne faut pas s’attendre à y lire des histoires marquantes, ou des récits engagés. Mais le lire pour le plaisir des mots suffit.

 

Le verdict, problème avec le père.

Le verdict est une nouvelle de vingt pages. Courte et efficace.

Georg Bendemann écrit à un ami qui s’est installé à Saint-Pétersbourg pour y monter une affaire. Dans ces correspondances Georg ne dit pas tout à son ami, pour le préserver, car il est persuadé que sa nouvelle vie est morne et difficile. Après avoir cacheté la lettre, il engage une conversation avec son père. Ce dernier lui maintient qu’il n’a pas d’ami à Saint-Pétersbourg. S’ensuit une conversation entre père et fils, d’une certaine violence psychologique qui aboutira au verdict. Le tout est servi par un narrateur omniscient totalement neutre, comme pour ajouter à la rudesse.

C’est une très bonne nouvelle, frustrante par moment tant la figure du père est écrasante. Un complexe dont Franz Kafka ne semble s’être jamais débarrassé. Cette nouvelle n’est juste qu’une émanation de cette problématique.

 

Dans la colonie pénitentiaire, un texte qui résume au mieux l’auteur.

Dans la colonie pénitentiaire est une nouvelle assez longue, compte tenu des autres productions de l’auteur dans ce format. C’est certainement le meilleur texte de cette compilation et l’un des textes les plus marquants de l’auteur. Du moins, le plus fort. Il a fait l’objet d’adaptation au cinéma, au théâtre et même en BD.

Un voyageur assiste à la démonstration d’une machine complexe, chargée d’exécuter les peines d’une colonie pénitentiaire. La description de la machine est effectuée par un officier fier de cette mécanique ingénieuse. Le condamné attend patiemment son heure, tenu par un soldat taciturne.

En bas, il y a un lit de aoute, en haut une traceuse faite de milliers de petites aiguilles prêtent à inscrire la sentence sur le condamné et au milieu une herse pour le maintenir. Une machine implacable et cruelle. La description du procédé est longue, d’un ton totalement détaché. L’officier s’en charge et explique parfaitement le fonctionnement au voyageur, qui semble souvent ailleurs et préfère contempler les valons arides de la colonie. Mais lorsque le voyageur demande à l’officier de lui expliquer les termes de la sentence et le procédé judiciaire, l’officier butte, n’y parvient pas. Il se défausse sur son commandant, qui s’est lui-même défaussé sur son subalterne.

Le condamné lui, ne connaît pas sa condamnation, c’est une justice expéditive, sans procès, inhumaine. Le soldat qui flanque le pauvre bougre est totalement stupide, il ne sert pas à grand-chose. Les deux ont cependant une certaine complicité, le condamné est-il un ancien soldat ? Aucune idée. Mais le duo vient ajouter une absurdité légère qui désamorce une atmosphère pesante.

Dans cette nouvelle se déroule toute l’absurdité d’un système qui condamne sans aucune forme de procès avec des procédés inhumains. Toujours cette crainte des règles implicites de l’auteur, des conventions silencieuses et pourtant cruciales. Mais surtout la dénonciation de la cruauté des hommes.

Le récit a été écrit au début de la Première Guerre mondiale, certains y voient une vision prophétique de la barbarie à venir, pourquoi pas.

Quoi qu’il en soit, rien que pour cette nouvelle le recueil valait le détour et il est possible de se la procurer indépendamment. C’est court, c’est ce que Franz Kafka fait de mieux dans le style et les thèmes. Elle permet une entrée dans son univers simple et efficace.

 

Un médecin de campagne, un recueil dédié à son père.

Ce recueil contient quatorze textes, sur cinquante-cinq pages, dans des formats très courts, tout comme Considération, même si certains tiennent sur plusieurs pages. Je ne vais pas tous les énumérer, j’ai noté ceux qui m’ont le plus marqués.

Les premiers textes tournent autour des chevaux, obsession incongrue, peut-être que l’auteur avait visité une écurie ou alors se passionnait-il pour les équidés à cette période, aucune idée.

La nouvelle éponyme suit un médecin de campagne harcelé par ses patients et les chevaux. Elle frise l’absurde, comme souvent.

Un vieux papier, des nomades orientaux se retrouvent à squatter une place d’une ville, ils s’avèrent être carnassiers, voire cannibales, tout autant que leurs chevaux. Un court récit horrifique qui dénote avec ce que fait d’habitude l’auteur.

Devant la Loi, une nouvelle pas très accessible, très hermétique, j’avoue ne pas l’avoir comprise. Une porte de la Loi, un gardien et un homme, des propos laconiques et obscurs.

Onze fils, un père décrit ses onze fils, l’occasion d’un exercice de style très intéressant, comment l’auteur est capable de faire de longues descriptions de personnes, tout y passe, le physique, le tempérament et le caractère. Une leçon d’écriture celle-ci.

Un rêve, où l’on retrouve un personnage récurrent de l’auteur, l’illustre Joseph K. en proie à un rêve angoissant.

Le recueil se termine sur Un compte rendu pour une académie, un long texte dans lequel un singe tente de devenir un homme pour survivre et ne pas subir le sort de ses congénères qui se résume à finir dans un zoo. Il apprend à cracher, fumer et boire, quoi de mieux pour singer l’homme ? L’animal assène qu’il n’avait pas d’autres issues. Instinct de survie, cruauté, notion de « civilisé », tout y est. Avec onze fils, c’est le meilleur texte du médecin de campagne.

 

Difficile de faire l’impasse sur la colonie pénitentiaire.

Si Considération n’a rien d’exceptionnel en terme de récit, il est riche en descriptions et styles. Par contre, si on s’intéresse un tant soit peu à la littérature et à la forme courte, il me semble difficile de faire l’impasse sur La colonie pénitentiaire. Pour le verdict, c’est un très bon texte, mais qui semble avoir servi d’exutoire à l’auteur. Un médecin de campagne contient des textes de très bonnes factures, Onze fils et Un compte rendu pour une académie valent vraiment le détour.

Initialement, je voulais faire une chronique plutôt courte, le recueil faisant environ 180 pages, mais au final elle fait plus de mille mots. Je me rends compte qu’il est plus facile de parler d’histoires, de personnages et de thèmes SFFF, ma culture et la majorité de mes lectures s’y prêtent. M’exercer à ce genre de chronique me permet d’affiner mes critiques.

Mais surtout, je pense qu’il m’est nécessaire de ne pas m’enfermer dans un seul univers, même si je l’adore. J’aime les mots et il serait absurde de se priver de ceux de Franz Kafka, par exemple. Surtout, en tant qu’apprenti écrivain, cela me permet de ne pas me mettre des œillères, le pire serait de tomber dans la routine littéraire. C’est mon point de vue.

Il y aura d’autres sessions d’auteurs dits classiques, je n’aime pas trop ce genre de désignation, c’est mettre des catégories où il n’y a pas lieu d’y en avoir et surtout cela stigmatise certaines au détriment d’autres.

 

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