Couverture Léviathan 99 lunes d'encre ray bradbury

Léviathan 99, 25 textes en tout genre.

Raymond Douglas Bradbury, alias Ray Bradbury, un auteur que j’affectionne. J’ai déjà eu l’occasion de le dire sur mon blog, mais Fahrenheit 451 fut pour moi une véritable révélation, une de mes premières lectures consenties et appréciées.

Je garde de bons souvenirs de lecture de ses recueils, “Chroniques martiennes”, “L’homme illustré” et “De la chair à la poussière”. Des moments de poésie, d’amour et d’émerveillement.

Il nous a quitté en 2012, il admirait les grands de la littérature, pas par convoitise ou jalousie, mais rêvant simplement de trouver sa place à leurs côtés sur les étagères des bibliothèques. Pari réussi.

Il a écrit jusqu’à la fin. Même après une attaque cérébrale en 1999, qui l’obligea à dicter ses textes à a sa fille.

Il fait partie de ses grands auteurs qui ont prouvé que l’on pouvait faire de la littérature de genre, du pulp, avec style et beauté.

Léviathan 99 est un hommage à Bradbury, une compilation d’une multitude de textes, pas moins de 25 textes. Le recueil est sorti en 2010 dans la collection Lunes d’encre des éditions DENOEL et en poche en 2013 chez Folio SF.

Il s’agit d’une compilation de deux recueils sorties outre-Atlantique : The Cat’s Pajamas, Now and Forever et d’une intermède La Chrysalide. 

 

Le pyjama du chat.

Ce recueil qui ouvre le livre contient 21 textes courts et débute par une courte préface évoquant l’inspiration et le travail de BradBury.

Les nouvelles s’enchaînent avec une alternance entre des textes du début de carrière, des années 40/50, et des textes de fin de carrière, des années 90/2000. Le contraste est parfois saisissant. Si les premiers textes sont empreints de mélancolie et parfois sombre, sur la fin ils tirent sur l’absurde, l’ironie et un ton plus léger. C’est vraiment un point sur lequel je me suis amusé. Plonger sur une période aussi longue de textes courts permet d’avoir un panorama intéressant de la sensibilité de l’auteur.

Les récits sont courts et efficaces, sans être transcendants ils sont portés par une poésie et une plume légère et agréable.

Ray Bradubry y aborde des thèmes qu’ils affectionnent, l’acceptation des différences, la dénonciation du racisme, la mort et la reconnaissance, avec des hommages à des auteurs qu’ils apprécient. Sans oublier l’amour, la nature et la poésie.

Pour en souligner quelques-unes, j’ai aimé Route 66 et sa référence aux Okies et au Dust Bowl de Steinbeck dans « Les raisons de la colère ». Mais aussi, celles qui rendent hommage aux auteurs et à la littérature, comme L’Orient-Express de l’éternité.

Il y a aussi celles qui tombent dans l’absurdité de l’existence comme toutes mes ennemies sont morts, un homme apprend la mort de son dernier ennemie et n’a plus de raison de vivre, mais son meilleur ami va faire en sorte de lui donner du grain à moudre !

21 textes dans lesquels l’auteur s’amuse, joue avec les mots, l’ironie et les genres. Un condensé de ce qu’il était capable de faire.

 

Intermède : La chrysalide.

Ici, un huis clos pour l’essentiel, dans lequel trois médecins étudient le cas d’un patient plutôt original. Monsieur Smith s’est métamorphosé en chrysalide. Les trois professionnels s’écharpent sur les possibilités, les dangers et les risques d’une telle découverte !

Un texte court (40 pages), sympathique, de la SF classique accompagné d’un style soutenu et drôle. Elle a fait l’objet d’une adaptation cinématographie en 2010 par Tony Baez Milan.

 

Maintenant et jamais.

Le deuxième recueil, contenant deux textes.

Le premier, quelque part joue une fanfare, a été écrit dans le but de servir de scénario pour Katharine Hepburn que Bradbury adorait.

Cardiff, un jeune journaliste débarque à Summerton, une ville désertique, au premier abord. Il va séjourner dans une pension, Aux armes d’Égypte. Le journaliste va vite se rendre compte que la ville regorge de secrets et de personnages mystérieux.

Il s’agit d’une novella, selon les canons actuels, un peu plus de 100 pages. Elle est très rythmée, ponctuée de chapitres très courts. C’est un plaisir à lire, découvrir la ville de Summerton à travers les yeux de Cardiff est un véritable voyage poétique. Ou s’entremêle l’amour de la littérature, toujours, des auteurs, et du rêve.

Elle m’a fait penser au recueil « De la chair à la poussière », une belle balade pleine d’onirisme et de poésie.

La seconde, éponyme du recueil, Léviathan 99, est une adaptation de « Moby Dick », l’auteur ne s’en cache pas, c’est assumé.

Initialement, Ray Bradbury avait pour projet un feuilleton radiophonique, mais l’entreprise est tombée à l’eau. Au final, il s’agit d’une novella, qui a été retravaillée à plusieurs reprises et l’auteur nous livre ici sa dernière mouture.

La baleine devient une comète (Léviathan 99), le bateau un vaisseau spatial (Cetus 7), le capitaine fou et aveugle (dans les deux sens du terme) mène la barque. La vieille rancœur entre le capitaine et la comète tient le récit.

Ismaël embarque à bord du Cetus 7 et se rend vite compte que le capitaine ne poursuit pas la comète pour de bonnes raisons. C’est un récit à double lecture, comme l’est visiblement Moby Dick.

N’ayant pas lu Moby Dick, je pense que ma lecture de ce récit n’est pas complète. La novella doit être plus intéressante en ayant l’oeuvre initiale pour référence.

 

En conclusion. 

C’est un bon recueil de nouvelles. La première partie permet de se faire une idée du style global de l’auteur. Les deux derniers textes portent le livre, avec deux novella de qualité et une certaine idée de la littérature. Celle où on prend son temps et dans laquelle le rêve est permis.

 

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Chronique écrite dans le cadre du Challenge Lunes d’encre :

6 réflexions sur “Léviathan 99, 25 textes en tout genre.

  1. Je ne fais pas un mystère de ne pas être très recueil en général, et j’en lis assez peu, 3 ou 4 dans l’année peut -être 5. J’aime bien de temps à autre lire une nouvelle par ci, par là, de manière “indépendante” comme celles de bifrost ou quelques gratuites.
    Bref, ta critique est intéressante, mais je ne pense pas m’y mettre, je serai plus intéressé par savoir celles qui sont vraiment indispensables et les lire de manière isolée.

    Merci.:-)

    • Les textes de la première partie sont tellement courts qui me parait difficile de les trouver indépendamment ! Et je pense qu’il forme plus ou moins un ensemble, même s’ils sont inégaux, ils permettent d’avoir une panorama de la sensibilité de l’auteur.

      S’il fallait en choisir un indépendamment ça serait Quelque part joue une fanfare..

      J’aime lorsque les textes me permettent de sonder la personnalité de l’auteur, ici c’est clairement le cas (Du voyeurisme littéraire ? :D).

  2. J’ai comme un besoin de poésie en ce moment, et je me dis que Bradbury est un bon choix. Ça tombe bien, j’ai un gros recueil sur ma PAL, “Trois automnes fantastiques”, qui contient “L’homme illustré” que tu sembles avoir apprécié.
    Je ne possède pas le recueil que tu cites ici, mais si tu me remets le pied à l’étrier de la lecture de Bradbury (duquel je n’ai lu que “Fahrenheit 451” et “Chroniques martiennes”, deux morceaux de choix tout de même !), c’est que ta critique a malgré tout touché juste. 😉

    • Un peu de poésie fait du bien et on en manque cruellement ! Pour l’homme illustré oui, un cran en deçà des chroniques martiennes, mais c’est un très bon recueil. Je ne connais pas celui dont tu parles “Trois automnes fantastiques”, mais je viens de regarder, belle édition !
      Bonne lecture 😉

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