L’île des pingouins, une parodie plus qu’une anticipation.

L’île des pingouins est un roman d’Anatole France, publié pour la première fois en 1908. Il s’agit plus d’un roman historique que d’une anticipation (contrairement à ce qui m’a été vendu dans un encart du magazine Galaxies).

J’ai lu ce roman dans le cadre des objectifs PAL que je m’étais fixés, ma pal du 1er trimestre 2017.

Anatole France est un peu tombé dans l’oubli . Certaines de ses positions politiques ont été critiquées, notamment sur la Première Guerre mondiale, ou au départ il a écrit des récits pro militariste et patriote.  Il finira par regretter son engagement de début de guerre, pour ensuite défendre la paix, ce qui lui vaudra à nouveau des critiques.

Alors que dans le présent livre il dénonce les guerres portées pour des raisons capitalistes et les guerres tout court, difficile à suivre.

Après sa mort, ses écrits et son style seront remis en cause, jusqu’à le traiter d’écrivain officiel au style classique et superficiel. Bon, je ne vais pas m’étendre là dessus, c’est un peu trop complexe et il y a surement une bonne dose partisane là-dedans. Mais je reviendrai sur son style.

Pourquoi avoir lu ce bouquin ? Je suis tombé sur un encart dans la revue Galaxies qui en parlait, comme d’une dystopie d’un auteur français un peu oublié. Je me suis dit pourquoi pas. J’ai noté que l’auteur se rapprochait parfois du genre fantastique, après tout, ça collerait presque à de la SFFF.

L’île des pingouins est une parodie de l’Histoire de France (et un peu de l’humanité, au début), dans laquelle les Hommes sont remplacés par des pingouins.

Tout commence avec Maël, un saint qui se fait bananer par le diable, ce dernier lui propose une embarcation en granit (oui, il est pas très malin le Saint Maël) pour rejoindre ses brebis égarées au large de la Bretagne.

Le religieux, trompé par le vilain, embarque, puis échoue sur une île, bien au nord, peuplée par des pingouins. Intrigué par les résidents de ce caillou, il décide de les évangéliser, en bon saint qu’il est.

De là s’en suit un débat au paradis, entre Dieu, les saints, les anges et toute la clique. Le baptême de ces pingouins est-il valable ? Leur discussion frise le ridicule. Le Saint-Esprit, pour trancher, décide de transformer les pingouins et les rendre humains (à peu près).

Pauvres pingouins, ils auraient mieux fait de rester dans l’ignorance et de ne pas être touchés par la grâce divine. S’ensuit une succession de chapitres qui retrace les éléments importants de notre civilisation.

L’antiquité et ses fastes, ses philosophes et sa grandeur. L’obscur moyen-âge, la renaissance, etc.

Les pingouins découvrent la morale, la propriété, dans la douleur et la violence.

L’époque moderne est traitée sous le prisme de l’essor du capitalisme et du socialisme, tenant la date du bouquin, c’est normal. Un long chapitre est consacré à l’affaire Dreyfus (l’Affaire Pyrot, dans le livre), avec tous les remous politiques et sociaux qu’elle implique.

Finalement, l’anticipation arrive en fin de course (un peu plus d’une dizaine de pages sur 209). Le tableau est sombre et tombe parfois juste.

Le livre est une succession de chapitres s’attardant chacun sur une période spécifique, le tout se déroule de façon chronologique.

Le style est classique, bourré d’ironie et très détaché. C’est très imagé, un peu trop à mon goût.

Je préfère largement le réalisme, quitte à dénoncer les choses, autant que ça soit clair.

Justement, Anatole France dénonce des choses, il tape essentiellement sur l’Église. Ce qui lui vaudra en 1922 une condamnation papale de ses œuvres. Cet aspect est savoureux par moment, tant l’auteur s’amuse à dézinguer l’institution de façon subtile.

Il dénonce ensuite le capitalisme et le tempérament égoïste et cupide des Hommes. Il y a quelques passages qui me font douter sur sa position concernant le racisme.

D’ailleurs, il retrace toute l’histoire de l’humanité (et de la France) sans un mot sur l’esclavagisme et le colonialisme. Alors qu’il a écrit des textes anti colonialistes (avant 1908). Bon peut-être qu’il a voulu se concentrer que sur certains points, pourquoi pas. Je n’en sais pas plus.

Personnellement, je n’ai pas été conquis par le livre, même s’il y a quelques passages mémorables, le style ne me convient pas, ce n’est clairement pas pour moi.

Cependant, il s’agit clairement d’un livre écrit par un auteur très érudit et instruit, il est parfois difficile à suivre. Tant les références (historiques, philosophiques, etc.) sont nombreuses.

Un extrait, avant de vous quitter, histoire de vérifier que les choses n’ont pas bien changé, malgré le siècle écoulé :

« Ce discours fut couvert d’applaudissements. Le gouvernement de la république demeura soumis au contrôle des grandes compagnies financières, l’armée consacrée exclusivement à la défense du capital, la flotte, destinée uniquement à fournir des commandes aux métallurgistes ; les riches refusant de payer leur juste part des impôts, les pauvres, comme par le passé, payèrent pour eux. »

2 réflexions sur “L’île des pingouins, une parodie plus qu’une anticipation.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.