Couverture Luna, Lunes d'encre, DENOEL

Luna, un futur si proche et si éloigné à la fois.

« Luna » est un roman de Ian McDonald, publié le 16 mars 2017 en France, dans la collection lunes d’encre des éditions DENOEL. Traduction de l’anglais par Gilles Goullet et illustration de couverture de Manchu. il s’agit du premier tome d’une série qui en comportera trois. Celui-ci s’intitule « Nouvelle Lune ».

Concernant l’auteur, Ian McDonald est né en 1960 à Manchester, il vit désormais en Irlande. Ces romans et nouvelles sont imprégnés de conflits entre différents groupes sociaux. Conflits basés sur la religion, les origines… C’est mon premier roman de cet auteur, mais c’est typiquement le genre de thème que j’affectionne.

Justement, qualifier le genre de Luna n’est pas si simple. C’est de la Science-Fiction, parfois hard, mais c’est aussi de l’anticipation sociale et du cyberpunk.

Vous l’aurez compris l’action se déroule sur la lune, dans 100 ans . Sur notre satellite, tout se vend, tout s’achète. Il n’y a pas de droit pénal, tout est régi par contrat. Tu peux payer ? C’est à toi. Tu ne peux pas payer ? Tu dégages. C’est rude. Une nouvelle conquête de l’ouest.

Cinq grandes familles, cinq corporations, se partagent l’essentiel des richesses et du pouvoir.

Il s’agit des cinq dragons :

Les Corta, des Brésiliens, propriétaires de Corta Helio, spécialisé dans l’extraction d’Hélium ; les Mackenzie, des Australiens, propriétaires de Mackenzie Metals, spécialisée dans l’extraction de métal ; les Sun, des Chinois, propriétaires de Taiyang, spécialisée dans les technologies de pointe ; les Asamoah, des Ghanéens, propriétaires de Aka, spécialisée dans l’agriculture et enfin les Vorontsov, des Russes, propriétaires de VTO spécialisée, dans le transport.

Chaque grand famille possède sa ville, ses exploitations, une carte est fournie.

Comme si tout ce petit monde ne suffisait pas, il y a bien sûr d’autres factions, par exemple la LDC (Lunar Development Corporation) avec à a sa tête “l’aigle”, organisme qui a le monopole de tout ce qui est organique, et en haut de l’organisation institutionnelle de la lune.

Il y a un dramatis personae fournit en début de livre, indispensable et détaillé.

Le récit se déroule essentiellement autour de la famille Corta, la plus jeune famille, souvent qualifiée de parvenus. Le roman débute sur le rite initiatique de Lucashino, fils de Lucas – cadet de la famille -. Rite qui n’est autre qu’une course de quinze secondes, à poil, à la surface de la Lune, avec tout ce que cela implique.

La famille organise ensuite une fête pour célébrer le passage du rite par Lucashino. Lors de la fête, une tentative d’assassinat sur Rafa, l’ainé des Corta, est déjouée. Il est sauvé in extremis par une Joe Moonbeam, (comprenez : Joe Rayon de Lune, une nouvelle arrivée).

Ce terme n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. L’univers est riche d’argot, de mots empruntés à une multitude de langues : chinois, portugais, russe, yoruba, espagnol, arabe… Un glossaire est fourni en fin de livre, tout aussi indispensable et détaillé que le dramatis personae.

Cet attentat ravive les tensions entre les Corta et les Mackenzie, directement incriminé. La dernière guerre entre ces deux familles n’est pas si loin.

Bien sûr, cette attaque n’est qu’un point de départ des tensions. Mais il va être question d’alliances, de nikahs (contrat de mariage), entre les grandes familles. Les nikahs sont importants, les gamins des grandes familles sont traités comme de la marchandise, des éléments de négociation, mariés de force.

Même au sein des Corta le récit ne va pas être simple. La matriarche, Adriana, qui a construit l’empire familial prépare sa succession. Rafa, l’ainé, est impétueux, Lucas, le cadet, a soif de pouvoir. Ariel, la fille de la fratrie est avocate et se moque de l’extraction d’Hélium. Il y a tout un tas d’histoires dans l’Histoire. C’est foisonnant.

Je pense qu’il est nécessaire de ne pas aller plus loin dans la trame du roman, pour ne pas gâcher l’intrigue et la découverte.

Le premier tour de force de Ian McDonald est de fournir une intrigue riche, sans perdre le lecteur et sans donner un rythme lourd ou trop alambiqué. Le tout se déroule rapidement avec actions et rebondissements.

La vie sur la lune est fascinante. Tous les habitants ont un chib, une lentille de contact permettant, entre autres, de vérifier l’état de ses quatre fondamentaux : l’air, l’eau, le carbone et les données.

Autre idée géniale, les assistants, des familiers visibles uniquement en réalité augmentée. Tout le monde en a un et le trimbale toujours à proximité. Il fait office d’IA personnelle, de Google, d’assistants. Il est personnalisable et ça coûte de l’argent, un peu comme des skins dans un jeu vidéo. Le porteur communique avec lui par subvocalisation. Cet aspect offre des possibilité folles.

La vie sur la lune est rude. Les relations contractuelles régissent tout. Comme le dit la couverture, il y a mille façons d’y mourir. Si vous n’avez plus d’air ou d’oxygène, la LDC vous recycle. Si vous êtes victime d’une dépressurisation à la surface, la LDC vous recycle. Les combats sont menés à l’arme blanche, au couteau, le reste est trop risqué. C’est violent et impitoyable.

Ian McDonald s’est vraiment penché sur tous les aspects de la vie, même la sexualité. Sur la lune, les notions d’hétéro, ou d’homo n’existent pas. Chacun est potentiellement le partenaire sexuel d’un autre individu. Il y aussi des asexués et des autoséxués.

Il est difficile de faire le tour des idées fascinantes portées par l’auteur et son univers, tant elles sont nombreuses. Et il convient d’en garder pour les futurs lecteurs.

Luna est pour moi une grande découverte de Ian McDonald, un auteur brillant qui traite la Science-Fiction sous un prisme social. Son style est rude, humain, sans tomber dans la vulgarité, pourtant il traite de sujets sensibles. La lune devient un laboratoire social.

Le livre est souvent comparé à Game Of Thrones, c’est sûr que ces cinq grandes familles qui se battent pour le pouvoir ramènent facilement à la saga qui fait vendre. Mais, l’univers posé par Ian McDonald est plus rude encore, la vie sur la lune exacerbe tous les sentiments. Il y a des intrigues de cours, des morts et de la violence, je pense que la comparaison s’arrête là.

Si vous aimez les livres riches, foisonnant de bonnes idées, Luna est fait pour vous. Si les intrigues de cours, les coups fourrés et les luttes de pouvoir vous intéressent, foncez aussi.

Malgré la complexité apparente, la présence d’un dramatis personae et d’un glossaire, le tout est fluide.

Un livre à mettre entre toutes les mains, la lune n’est là que pour ajouter de l’adversité à une fresque sociale fascinante.

Pour ma part, il va falloir attendre la suite. Je vais me consoler avec la maison des derviches, du même auteur, qui semble tout aussi riche et intéressant.

Bravo à l’auteur pour le livre et au directeur de la collection Lunes d’encre, Gilles Dumay, pour ce choix

Bonne lecture.

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Les autres avis des blogueurs : Cédric, Gromovar, Apophis, Lorhkan, Au pays des Cave Trolls

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Chronique écrite dans le cadre du Challenge Lunes d’encre :

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J’ai réceptionné ce livre dans le cadre d’un service presse.

25 réflexions sur “Luna, un futur si proche et si éloigné à la fois.

  1. Cette critique est superbe, j’ai tellement envie de lire la trilogie moi aussi! Beaucoup d’éléments qui vont me plaire je suis sûr 🙂 J’adore le fait qu’il n’y ai pas d’européens à la tête d’une puissance, ça change de notre culture où depuis des siècles c’est le berceau de beaucoup de dynasties.

  2. Je n’ai que survolé ta chronique… tu l’as fini bien vite alors que j’en suis à une soixantaine de pages. Il faut que je prenne le temps de me plonger dedans mais j’attends d’être vraiment au calme y aller. Tous ces personnages et toutes ces intrigues réclament un minimum de concentration. lol

    • Oui, même si le tout est fluide et super bien mené. Il faut quand même une certaine concentration comme tu dis !

      J’ai hâte d’avoir ton retour dessus. Bonne lecture 🙂

      Effectivement, je l’ai fini vite, c’était génial et lorsque c’est le cas, ça se dévore.

  3. Les retours sont très intéressant. Je l’ai coché depuis un moment et j’espère le recevoir rapidement (enfin quand je l’aurai commandé).
    Je reviendrai ensuite pour lire ta critique en détail car je ne l’ai que survolé. Je ne veux pas trop savoir…

  4. Je n’ai jamais lu de Ian McDonald. Autour d’une discussion sur Luna, hier soir justement, dans la librairie SF que je fréquente (Scylla), on m’a conseillé de commencer par La Maison des Derviches. J’ai vraiment l’impression que je suis passé à côté d’un auteur important, et ton article ne fait que me le confirmer !

    • C’est cool d’avoir des librairies proches de chez soi. Je suis bien content d’avoir créé le blog et d’avoir rencontré une belle communauté, qui permet d’échanger de découvrir des auteurs et livres fabuleux !

      Je pense aussi que je suis passé à côté d’un grand auteur, je vais lire très vite La maison des derviches !

      • Tu vis où si ce n’est pas indiscret ? Il n’y a pas de librairie SF dans le coin ? Moi c’est justement à force de côtoyer des gens en librairie SF, puis en café littéraire SF, que ça m’a donné envie de créer un blog. Mais il est vrai qu’en vivant à Paris je bénéficie d’une concentration qui permet tout cela (et encore, malgré 10 millions d’habitants dans l’agglo parisienne, il n’y a qu’une seule librairie 100 % SF à ma connaissance, et nous ne sommes que 5 ou 6 habitués au seul café SF organisé par une bibliothèque parisienne ^^). Il n’est pas impossible que je quitte un jour Paris, et ça me fait peur à ce niveau-là !
        J’ai acheté dimanche La Maison des Derviches, je le lirai donc dans pas trop longtemps non plus.
        A+

        • C’est super Paris pour ça.

          Pour mon logis, ça n’a rien d’indiscret, je suis à Ajac dans l’Aude, un petit village de 200 âmes. La vile la plus proche est Carcassonne, les deux librairies ont un rayon plus que pauvre en sfff.

          Moi j’ai créé le blog pour partager et m’ouvrir à une communauté qui avait l’air riche. Et je ne suis pas déçu.

          L’isolement n’est plus trop un problème avec le Web et la vie à la “campagne” est tellement agréable

          Pour la maison des derviches je vais vraiment essayer de le lire ce mois ci.

  5. Enfin achevé et je suis un poil déçue, donc mon avis est plutôt mitigé…
    On va croire que c’est ma spécialité à force.
    C’est surtout que j’ai tant aimé les autres romans lus, que mes attentes étaient un peu trop élevées, et un peu trop soap opéra.

    • Eheh, j’ai lu ça et j’ai commenté 🙂
      Pour les attentes c’est à prendre en compte, c’est certain, puis j’imagine que quand tu vois passer X critiques avec des “C’est génial”, “C’est le meilleur livre de l’année”, ça les renforce.

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