Couverture, la petite déesse

La Petite Déesse, sept récits, comme les sept chakras.

La petite déesse est un recueil de nouvelles et de novellas de Ian McDonald, publié aux éditions DENOEL dans leur collection Lunes d’encre en 2013 et ayant fait l’objet d’une édition au format poche chez Folio SF en 2016. La nouvelle éponyme du recueil a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire 2013.

La couverture est de Manchu et la traduction de Gilles Goullet, qui a encore une fois, a réalisé un excellent travail. Désormais, il doit connaître l’Inde presque aussi bien que l’auteur lui-même !

Ce recueil est paru en 2009 en VO, postérieurement à la parution du fleuve des dieux, dont il s’inscrit dans la continuité. Concernant Ian McDonald, je vous renvoie, encore une fois, à ma chronique sur Luna.

Le recueil est composé de sept textes : quatre nouvelles et trois novellas. Ces dernières sont meilleures que les nouvelles, l’auteur a certainement besoin de plus d’espace pour dégager pleinement son potentiel.

Je ne suis pas certain, mais le chiffre sept n’est peut-être pas anodin, il renferme de nombreuses symboliques dans la mythologie et les croyances hindoues, indiennes. Si un jour quelqu’un peut poser la question à Ian McDonald, ou a déjà la réponse, je suis preneur. Ça peut sembler trivial, mais j’aime bien ce genre de références.

Les textes se déroulent dans le même décor que celui du Fleuve des dieux, l’Inde dans un futur proche, 2047, un peu avant pour certaines, un peu après pour d’autres.

 

  • Sanjîv et Robot-wallah.

Dans cette histoire, le lecteur suit Sanjïv, un jeune ado contraint de fuir la guerre et de quitter sa campagne pour rejoindre la ville, Vârânaci. Sur place il rencontrera un groupe d’adolescents au look androgyne et post-punk. Ils sont en fait des Robot-wallah, ils contrôlent, pour le compte de l’armée, des escouades de robots. L’occasion pour l’auteur de traiter de la guerre et de ses dérives morales. Que faire de ces ados marginalisés une fois la guerre terminée.

 

  • Kyle fait la connaissance du fleuve.

Kyle un occidental, fils d’expatrié qui vit dans la green zone de Vârânaci, peu après la séparation de l’État fédéral indien. Il rencontre un jeune local et se noue d’amitié avec lui. Les différences culturelles et le jeu des adultes vont vite mettre à mal leur relation.

 

  • L’assassin-poussière.

Une fillette tentée par son singe robotique parvient à s’extirper de la forteresse familiale. Seulement, sa famille est en guerre avec une autre grande maison, une guerre pour l’eau et le pouvoir. Elle n’ira pas bien loin, mais apprendra vite les dangers liés à son statut. Elle perdra toute sa famille suite à une sanglante vendetta, mais son père lui a toujours dit qu’elle était une arme. Oui, mais quelle arme ? La meilleure des quatre nouvelles, un texte vif et bourré de bonnes idées.

 

  • Un beau parti.

Jâîbîr tente coûte que coûte de trouver une épouse, il écume les soirées organisées par des entremetteuses. Dans un pays qui compte quatre hommes pour une femme, ce n’est pas chose aisée. Une fin téléphonée qui gâche un peu le plaisir d’une nouvelle légère et souvent drôle. Elle permet, entres autres, de découvrir les traditions familiales indiennes.

 

  • La petite déesse.

Une novella qui se déroule pour partie à Katmandou. Une jeune fille devient Kumari, des fillettes portées au rang de divinité répondant à une foule de critères stricts. Pour le coup, je savais de quoi il parlait, pour avoir vu un reportage photo sur cette tradition lors du Visa pour l’image 2015 (Perpignan). Mais la novella ne s’arrête pas à la jeunesse atypique de l’héroïne qui poursuivra son divin destin par d’autres biais. Une bonne novella, dénonçant en partie les tentatives d’appropriation du corps d’autrui.

 

  • L’épouse du Djinn.

Une femme épouse une IA ambassadrice du Bhârat (un des nouveaux états indiens), le début d’une belle histoire d’amour, mais aussi des galères. Celle-ci je l’ai vraiment apprécié, pleine de réflexions sur les sentiments humains et de spéculations sur le traitement des IA. Leurs droits ? Leur conscience ? Leurs sentiments ? Qu’en est-il ? Amour interdit et enjeux dépassant ce couple hors du commun.

 

  • Vishnu au cirque de chats.

Le meilleur texte du recueil qui suit un être humain génétiquement modifié tout au long de sa vie et avec lui quasiment toute l’histoire de cette Inde futuriste imaginée par l’auteur. Une grande fresque où la mythologie est omniprésente et qui côtoie des innovations technologiques toutes plus folles les unes que les autres. L’auteur en profite pour toucher du doigt la singularité et le transhumanisme. Une grande réussite, du rab de qualité pour compléter la lecture du Fleuve des dieux. La palme du meilleur texte lui revient.

 

Après le fleuve des dieux.

Sur les textes courts, les quatre premiers, Ian McDonald perd, forcément, de sa capacité à dresser des intrigues riches et fournies. Il reste tout de même un bon conteur et ses nouvelles permettent de découvrir un peu plus cette Inde futuriste, l’aspect sociologique et l’impact des technologies sur une population donnée restant les thèmes centraux.

Les trois novellas valent vraiment le détour. Cependant, je conseille vivement de lire le fleuve des dieux avant, sous peine de se gâcher une partie du livre (et au regard du pavé, ça serait dommage). Je remercie d’ailleurs Gilles Dumay (ex-directeur de la collection) pour la mise en garde sur une des chroniques d’un blog SFFF, dont je ne retrouve plus la trace. Il est possible de lire La petite déesse comme un condensé de l’univers du fleuve des dieux, mais ça serait vraiment dommage.

J’en ai fini pour un petit moment de mon exploration des œuvres de Ian McDonald, du moins celles qui me tentaient le plus. De sacrés voyages, des kilomètres de lignes, de mots. Un émerveillement certain. Je ne vais pas me donner à un classement j’attends d’avoir lu le cycle de Luna, mais pour le moment La maison des derviches à ma préférence. Il y a d’autres textes de lui qui m’intéresse, que j’ai repérés au détour de commentaires. Il faut que je les retrouve et les note. Difficile de passer à côté de cet auteur si l’on s’intéresse à la SF, à la société et à son avenir, tant son regard est pertinent.

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D’autres avis : Efelle, Blackwolf, Soleil vert, Gromovar, Lorhkan, Xapur, Just a word.

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Chronique rédigée dans le cadre du Challenge Lunes d’encre :

15 réflexions sur “La Petite Déesse, sept récits, comme les sept chakras.

    • Effectivement, merci 🙂

      Et j’ai hâte d’avoir ton sentiment sur ces deux livres, qui me semblent quand même indissociable, ça serait dommage de se priver de l’un au détriment de l’autre.

  1. Il faut que je lise ce recueil !
    Je trouve que Ian McDonald est aussi un bon novelliste, j’avais lu un vieux recueil (Etat de rêve) et j’avais été surprise par l’originalité de tous les textes.

  2. Ah! C’est une critique qui donne très très envie de la lire!
    Bon, je vais quand même relire Le Fleuve des Dieux auparavant, pour garder une chronique sur mon blog et me remettre dans le bain pour entamer La petite déesse.
    Merci beaucoup!

  3. La nouvelle La petite déesse était parue à l’époque dans un Bifrost Spécial Ian McDonald.
    Elle ne m’avait pas fait sauté le pas. En outre, je pensais que c’était un roman.
    Merci pour ta critique qui confirme mon désintérêt pour ce recueil.

  4. Et bien dis donc, tu te fais l’intégrale McDonald on dirait. attention à l’indigestion (jeu de mots pourris assumé !)

    Mais tu vas lire quoi ensuite ? Robert Charles Wilson ? 😉

  5. Depuis quelque temps j’ai un peu de mal avec les recueils de nouvelles, mais pourquoi pas tenter le coup, car j’en essaye toujours et je suis parfois agréablement surpris…

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