Couverture Planetfall

Planetfall – Foi coloniale

Planetfall est un roman d’Emma Newman publié chez Nouveaux Millénaires en février 2017, paru en version originale en 2015. Premier tome d’une série qui devrait en comporter quatre ? Peut-être plus. J’en ai programmé la lecture afin de lire les quatre candidats au prix Planète SF, même si à l’heure où j’écris ces lignes le gagnant est désormais connu. De plus, je suis toujours curieux de lire des histoires de colonisations et de planète opéra. Le world building n’est pas vraiment simple en écriture, donc, je suis toujours friand de comparer les recettes proposées ci-et-là.
Le roman est traduit de l’anglais par Racquel Jemint et la couverture d’Anxo Amarelle.

Emma Newman est d’origine anglaise, auteure de nouvelles et de romans sur un peu tous les genres de l’imaginaire, elle donne aussi dans la narration de livres audio. Difficile d’en dire plus, car malheureusement, comme c’est une femme, elle n’a pas de page Wikipedia. Mais vous pouvez toujours vous rendre chez Gromovar pour y lire une interview de l’auteure.

Planetfall est donc un récit de science-fiction qui tend vers le planète opéra, voir le colonie opéra, tant le décor est restreint. Avec des questionnements méta-physique qui rappelleront certains auteurs de l’âge d’or de la SF. Mais quelle est cette chute ?

 

La Foi comme moteur d’exploration.

Renata Ghali vit depuis plus de vingt ans au sein d’une colonie établie sur une planète lointaine. Lorsque les nacelles du vaisseau colonisateur Atlas se sont posées à la surface, les colons ont découvert une immense structure, qu’ils ont décidé de nommer la Cité de Dieu, conformément au souhait et à l’impulsion donnée par Lee Suh-Mi. Cette dernière, sur terre, a eu une vision et s’est persuadée être la détentrice d’une mission divine : rencontrer leur Créateur. Mais à présent, vingt après l’installation de la colonie et la disparition de leur guide spirituel, l’équilibre de la communauté est de plus en plus fragile, l’arrivée d’un inconnu, littéralement sorti d’un fourré, va changer la donne.

 

Renata et les fantômes du passé.

Renata occupe une place centrale du récit, pour ne pas dire prépondérante. Elle doit faire face à plusieurs soucis, gérer les vestiges de sa vie sur terre et la séparation avec sa famille, notamment. Mais aussi ses problèmes de cœur actuel et sa peur de l’engagement avec Kay, pourtant, elle a l’air de l’aimer. Elle doit aussi faire face à un lourd secret qui touche la communauté et tout cela mis bout à bout la ronge. Sans compter la disparition de Lee Suh-Mi qui est un véritable crève-cœur pour la jeune femme. Ce qui fait que toutes ses considérations personnelles prennent une place importante. Sur un roman plutôt court, difficile pour les autres personnages de s’y trouver une place. Le nouveau venu y parviendra, mais plus comme un levier narratif. Les autres membres de la colonie gravitent autour de Renata sans vraiment bénéficier d’approfondissement. Hormis Mack, l’un des leaders de la colonie, qui semble proche et complice de l’héroïne. Un personnage intéressant d’ailleurs, expert en marketing et communication il devient le leader naturel du groupe, comme quoi, c’est vraiment un métier d’avenir.

 

Utopie technologique.

Dans Planetfall la technologie a elle aussi une place importante. D’ailleurs Renata n’y est pas tout à fait innocente, puisque c’est elle qui s’occupe d’à peu près tous les problèmes d’imprimantes de la colonie. Les imprimantes 3D ont fait un bond prodigieux, elles sont capables de tout produire, de la fourchette à l’habitat. Tous les biens de première nécessité sont accessibles à tout le monde, tout le temps, sous réserve de disponibilité de certaines ressources. De ce fait, seuls la nouveauté et le design se démarquent de la masse des produits. Mais l’autre pan de la révolution technologique proposée par l’auteur est la maîtrise de la biotechnologie. Les maisons sont « vivantes » et autosuffisantes. Les algues, les micro-organismes et les plantes servent à réguler le quotidien des colons. Au final, cette communauté semble vivre une quasi-utopie qui sans la technologie n’aurait pu voir le jour. Mais surtout leur système paraît infaillible, seul l’élément humain est susceptible de gripper les rouages de ce mode de vie sans accroc.
À côté de ce pan technologique très présent, il y a l’aspect religieux, jusqu’où la Foi peut-elle porter une communauté ? Ce n’est pas dérangeant en soi, même si je trouve dommage que la première colonisation extra-solaire soit basée sur un trip mystique. La Foi et les croyances irrationnelles entraînent (forcément ?) certaines dérives tout en aussi irrationnelles. La communauté connaît quelques membres d’une ferveur inquiétante.
Il y a aussi l’aspect social de la colonie qui est intéressant, le bien commun (ou le sacro-saint intérêt général) justifie-t-il tous les actes ? Toutes les mesures ?
Planetfall soulève des questionnements qui trouvent un écho à nos société actuelles, sans tomber dans la démonstration lourdingue, c’est léger et se déroule en filigrane du roman.

 

Un style passe-partout (pas le nain hein) et une narration déséquilibrée.

Alors le titre peu faire peur, attention j’ai lu le livre rapidement et c’était plutôt agréable. Mais voilà, le mot est lâché, agréable rien de plus. Le style d’Emma Newman est efficace, simple et fluide, rien à redire, mais il manque ce petit grain de folie qui lui permettrait de sortir du lot. Il y a de bonnes trouvailles cependant, j’ai bien aimé la manière dont elle gérait les communications en ligne, avec les messages entre <>, ça rend bien et ça s’intègre parfaitement à la lecture. Je ne sais pas si c’est un procédé habituel, mais j’en prends note ! Il n’y a pas de descriptions renversantes, la Cité de Dieu est décrite de manière simple, des vrilles par-ci, du mucus par-là, ça manque d’émerveillement.
Pour la narration il y a clairement trop de Renata. Récit à la première personne, l’auteure explore la psyché de son héroïne qui vit en marge de la colonie avec pourtant un rôle crucial, l’ambivalence de sa situation se dévoile au fur et à mesure de l’histoire. Même si son héroïne a énormément de problèmes, ce que je peux entendre, je trouve que la place qu’elle lui réserve est beaucoup trop importante, j’étais à la limite de l’indigestion sur certains passages. Il s’agit quasiment d’un roman psychologique accès sur elle. Même si c’est très bien rendu, ça on ne peut pas lui enlever, elle a très bien géré la psychologie de son personnage. On y découvre peu à peu ses travers et ses secrets au détriment du reste (avec un climax la concernant qui m’a bien surpris avec une affliction bien contemporaine).

 

Une lecture agréable : oui. Inoubliable : non.

Bon voilà, Planetfall n’est pas le roman de l’année, un peu trop lisse et passe-partout justement, pourtant il ne manquait pas grand-chose. Même s’il offre des questionnements intéressants et des perspectives alléchantes, cela ne suffit pas à en faire un récit inoubliable. C’est en grande partie dû au fait que l’écriture est un peu plate et que Renata occupe une place bien trop importante, à mon goût, du moins ses problèmes très egocentrés. Même si la psychologie de son personnage est très bien gérée, le lecteur se retrouve avec un roman accès sur la culpabilité et le deuil, des thèmes qui parleront à certains. Toutefois, je ne regrette pas ma lecture, ça se lit tout seul, c’est plaisant et il y a de bonnes idées à piocher. Ce qui fait de Planetfall une introduction à un univers de science-fiction accessible avec une fin ouverte digne des grands de la SF, difficile de ne pas penser à Arthur C. Clarke, notamment. Je lirai son autre roman, After Atlas, qui semble de meilleure acabit, d’après les premiers retours.

 

==========

D’autres avis : XapurGromovarLorhkan,  Cédric Jeanneret,  YogoElessarCélindanaé, Lhisbei.

 

 

19 réflexions sur “Planetfall – Foi coloniale

  1. Effectivement avec un focus aussi important sur la narratrice, ça passe ou pas. Dans mon cas comme j’ai beaucoup apprécié le travail sur le personnage, j’ai adoré ma lecture, mais je comprends que ça ne plaise pas à tout le monde ^^.

  2. J’ai vérifié trois classiques avec de la communication “en ligne” (Un feu sur l’abîme, Excession et La sonate hydrogène), et aucun n’utilise la même technique (en vrac : gras, police différente, en-têtes et étoiles pour séparer les interlocuteurs ou les messages, etc).

    Sinon, ta critique confirme l’idée que j’ai pu me faire de ce roman à la lecture des avis des uns ou des autres, et j’y retrouve certaines réflexions que j’ai moi-même pu formuler à propos du volet Fantasy de l’oeuvre de l’auteure.

  3. Je ne suis pas tout à fait d’accord… Inoubliable je n’irai peut pas jusque là, mais la “déchéance” de l’héroïne est originale et cela marque et laissera des traces encore longtemps.

  4. J’ai acheté Planetfall il y a quelques temps suite aux premiers retours très positifs, et plus les avis tombent, plus ils sont mitigés. Du coup je me demande si j’ai tant envie de le lire que cela ce bouquin!

Laisser un commentaire