Les Sempiternels – Dilettante déjantée

Les Sempiternels est une novella d’Aude Réco paru en fin d’année 2017 chez la maison d’édition numérique Walrus. Quelques mots sur cette dernière, Walrus propose des livres 100 % dématérialisés, avec une collection de titres estampillés « pulps » et « nerds ». En 2010, ses quatre fondateurs ont senti le vent tourner avec la sortie de la première tablette numérique. Le catalogue est relativement fourni et plutôt varié, avec des romans, des séries, des livres dont vous êtes le héros, des nouvelles et des essais. Du choix donc, même si au premier abord le pulp et le nerd ne m’attirent pas vraiment, mais j’imagine qu’il s’agit là uniquement d’une étiquette nécessaire pour être identifiée rapidement, alors pourquoi pas.

Concernant l’auteure, Aude Réco est présentée, sur le site Walrus, comme une écrivaine fêlée et accroc au café, jusque-là rien de bien étonnant, quoi que, le terme fêlé est sûrement justifié au vu du ton de la présente novella. Elle semble vouloir défendre l’autoédition et le féminisme, deux thèmes dans l’air du temps, surtout sur twitter, à quand le #balancetonéditeur ? Sans rire, vous allez le voir l’héroïne des Sempiternels a tout d’un homme, elle tâte des croupes, fait péter des robots et zigouille ses compatriotes, il n’y a pas à dire l’égalité a du bon !

 

Mechanical-City, Terminus! Tout le monde descend (tout le monde).

Alexandra Milael Noble est en mauvaise posture, son aéronef — Le Vagabond — a subi une avarie, il chute irrémédiablement sur Pue-la-Mort. Comment la baronne et sa domestique (sidekick) Majidah, en sont-elles arrivées là ? Car, elles n’ont certainement pas envie de se crasher sur ce lieu, cimetière des Sempiternels, des machines éternelles et endormies créées par un savant fou, surtout qu’Alexandra en est persuadée, les robots préparent une nouvelle attaque.

 

Madame La Baronne et son faire-valoir.

Côté personnage, le duo que forment la baronne et sa domestique détonne. La première parle comme un charretier, est joueuse, consommatrice de partenaires sexuels, bois et fume. Un ersatz féminin de James Bond. Si c’est drôle dans un premier temps de voir ces codes très masculins secoués et mis à la sauce féminine, dans un second temps l’on se rend compte que le personnage principal est brut, pour ne pas dire bourrin. Au fil des pages elle se dévoile et se livre un peu, heureusement, car il aurait été dommage de se limiter à faire du copier-coller des canons des personnages aventuriers masculins, elle sauve la mise de justesse, vraiment, de justesse. Pour la seconde, l’on se retrouve avec un sidekick représenté par une domestique à l’apparence exotique, fantasme de la baronne, au passé trouble et violent. On n’est clairement pas sur le schéma classique duo de good guys, elles sont deux, mais ça s’arrête-là. Diptyque original, déjanté, quoiqu’un peu trop bourrin (encore une fois). Les deux personnages offrent un contraste ethnique et culturel bien amené et agréable.

 

What the (steam) fuck?

Jusqu’à présent je me suis tenu éloigné de la mouvance steampunk, il y a sûrement de très bonnes idées en la matière, mais cela ne m’attire pas du tout. Ce qui fait que j’ai très peu de références concernant ce genre. Avec Les Sempiternels le lecteur se retrouve avec un monde totalement uchronique, l’alchimie, la mécanique et l’occultisme semblent omniprésents, ce que l’on nommerait robot est ici un assemblage subtil des sciences précitées. Les aéronefs et dirigeables sont légion et sont utilisés pour relier des cités flottantes. Bon c’est sympa, sûrement que cela émerveille certains lecteurs, personnellement cela m’en touche une sans faire bouger l’autre (chichi dédicace). J’ai l’impression que ce genre n’est là que pour servir un certain esthétisme. Par exemple des aérostats sur Vénus me font plus rêver, car ils découlent d’une certaine logique, mais sur une planète tellurique, quel intérêt ? Bref, je ne vais pas disserter là-dessus, mais voilà ce qui me gêne dans ce mouvement. Ou a minima ce qui m’a dérangé ici. J’ai vraiment eu du mal à entrer dans le monde proposé.

 

T’en veux du bourrin ?

Aude Réco a un style totalement décomplexé, elle n’hésite pas à servir dans l’anachronisme, le familier et l’outrancier par moment, c’est débridé. En notant malgré tout un manque d’élégance. Le problème c’est que la narration l’est tout autant, la novella est clairement orienté action et contentera sûrement une flopée de lecteurs recherchant ce type de texte. Mais franchement je n’ai pas tellement apprécié la surenchère d’actions, des explosions à vau-l’eau, des héroïnes qui font tout péter et flingue à tout va. Le tout sans réellement se poser de questions, du coup l’auteure ne s’embarrasse pas de détails et esquive nombre de mise en place, boom badaboum (Michael Bay Seal Of Approval). Mais pas que, Les Sempiternels c’est aussi un roman sur la solitude et le rejet, les erreurs que l’on peut faire pour l’éviter et aussi les façons d’y remédier, telle une bonne addiction au sexe sans lendemain ? Lorsque la baronne pose les flingues, elle devient un peu plus attachante et semble capable d’introspection intéressante.

 

Un texte explosif.

Pour ma part, j’ai trouvé ce texte beaucoup trop bourrin pour moi, je suis un homme sensible, au cœur tendre. Il est dommage de se sentir obligé de reproduire les schémas très masculins de violence, de langage outrancier pour produire une héroïne badass, cela défoule sûrement, mais il y a un manque de finesse dans la démarche. En dehors de cela, Les Sempiternels est un court texte au rythme soutenu, à l’action omniprésente, servi avec un style détonnant.

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D’autres avis : Albedo ; L’Ours Inculte ; Blog à part

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J’ai reçu ce livre dans le cadre d’un service presse, merci aux éditions Walrus.

 

12 réflexions sur “Les Sempiternels – Dilettante déjantée

  1. Han, dommage que ça ne soit qu’en numérique :'( ta critique donne vraiment envie ! (je ne lis que les livres/objets).
    Je suis très méfiant aussi vis-à-vis de la mouvance Steampunk. Mais j’ai reluqué deux/trois livres qui ont l’air vraiment pas mal dans le genre et qui pourraient permettre une entrée en matière sympa dans cet univers improbable (j’ai vue que l’Empire Électrique de Victor Fleury avait de très bons retours) en plus de celui que tu mentionnes ici.

    • Salut et bienvenue !
      Pour les livres physiques j’étais sur la même ligne que toi il y a quelques mois, j’ai basculé sur liseuse pour des raisons de commodités et honnêtement c’est confortable, pratique et économique (j’aurais bien du mal à retourner en arrière, j’ai encore une bonne quarantaine de livres physiques dans ma PAL en France, que je lirais, et je pense que j’alternerais entre le physique et le numérique, à terme.
      Pour le Steampunk, l’Empire Electrique de Victor Fleury a effectivement bien été accueilli, mais ce n’est pas pour autant que j’ai eu envie de sauter le pas.

  2. Même si j’ai l’air un peu plus client de gros trucs de bourrin badaboum, on a globalement le même ressenti, celui-ci est un peu trop parti dans le n’importe quoi à cent à l’heure. Ça reste plaisant parce que pas trop long.

  3. Je suis globalement tout à fait d’accord avec toi, même si je n’ai pas ta restriction au niveau du langage. Même si je ne suis pas entièrement fan des langages fleuris en général, je ne les estime pas devoir être cantonné à la gent masculine. Ensuite, c’est vrai que cela n’est pas très féminin.
    Le tout est cohérent dans son ensemble.

    • En général le langage fleuri ne me dérange pas et je ne pense pas non plus qu’il s’agit d’un attribut purement masculin. Mais avec ton commentaire, en plus de ma conversation avec l’auteure sur Twitter, je me rends compte que le sujet est un peu sensible. Visiblement, je n’ai pas été assez clair ou alors je dois avoir des resquits de machisme dans mon esprit formaté. Loin de moi l’idée d’affirmer que l’action, le langage fleuri et tout ce que j’ai cité est l’acabit de l’homme. Je voulais juste souligner le fait qu’il est dommage de créer un personnage féminin badass en reprenant des codes éculés par des années d’héroïsme masculin. J’ai vraiment eu le sentiment qu’elle a transposé ces codes pour les coller sur un personnage féminin, ce que je trouve dommage et faible en termes de traitement. Je ne pense pas être conservateur sur le sujet, bien au contraire, ma compagne est libre de sortir à la ville et possède même un compte bancaire, pour dire !

      • Samuel, je n’ai jamais pensé que c’était du machisme. Je ne te pense pas l’être et n’ai pas l’intention de te traiter de la sorte car ce langage n’est pas dans tes goûts. Tu n’apprécies pas, c’est parfaitement ton droit et ce n’est pas parce que c’est une femme qui parle comme cela que tu dois du coup passer sous silence que cette attitude dans un personnage féminin te déplait.
        Je ne pense pas pas que tu sois quelqu’un de rétrograde. Bien au contraire. 🙂

        J’avoue que c’est un peu ce que je craignais quand j’ai lu ta critique, je me disais que cela risquait de coincer un peu.

        Nous tombons dans une certaine “dictature” de l’expression ou il faut prendre d’énorme pincette en fonction de notre ressenti avec un livre. Ici, le langage fleuri du personnage féminin. Tu es un homme et c’est très délicat de dire que cela ne te vas pas, car le féminisme peut te tomber dessus.
        J’ai eu le même soucis avec un personnage trans qui n’amenait rien à l’histoire. Me suis fait taper sur les doigts… J’ai rien contre mais les préférences du perso étaient superflues.

        Bref, rassure-toi! Je ne trouve rien à redire à ta critique. Et mon commentaire n’avait aucun sous-entendu. 😉

        • Ne t’en fais pas non plus, je n’ai pas songé une seule seconde que tu pouvais penser cela de moi. Merci pour ta réponse et ta participation. C’est vrai que c’est un sujet délicat, mais d’un autre côté cela ouvre le débat ce qui n’est pas pour me déplaire. Aucune idéologie, aucune pensée n’est gravée dans la pierre et j’aime ce genre de conversations qui font avancer les choses. Le principal c’est de le faire dans le respect.
          Il n’est pas impossible que je sois influencé de bien des manières concernant ce personnage féminin, il est légitime et je ne remets pas en cause cela, c’est juste que son traitement ne me plaît pas et pour moi il ne fait pas avancer les choses. Il est drôle et il est défoule, ça s’arrête sûrement là.

  4. Ça me fait vaguement penser de loin à Silo. Parce qu’au fond il y a une grosse machine (pour faire le lien avec le steampunk), mais surtout parce que j’avais adoré l’héroïne. Peur de rien dans sa salopette avec sa grosse clé à molette.
    Pour cette histoire, c’est plutôt le côté “Michael Bay Seal Of Approval” qui me rebute. L’expression m’a beaucoup fait rire 😀

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