Couverture une forme de guerre

Une forme de guerre – Mort et destruction

En route pour le troisième volet de la Culture, dans le sens de lecture généralement admise. C’est pourtant le premier tome paru en 1987. Toujours écrit par Iain M. Banks (que j’ai présenté succinctement lors de ma chronique sur l’homme des jeux), édité Robert Laffont par en 1993 et traduit par Hélène Collon. Ce volume est encore une fois accompagné d’une préface de Gérard Klein, papa du PEL et ancien directeur de collection chez ladite maison. J’aime bien ses préambules, en général ils détourent bien les thématiques, même si par moments il part trop en digression, mais c’est l’auteur lui-même qui doit l’influencer. La couverture de la version poche est réalisée par Manchu.

Ce tome n’est pas le meilleur, en deçà des deux premiers et je comprends mieux désormais le sens de lecture proposé. Car commencer cette saga par Une forme de guerre peut s’avérer bancale, ce qui pourrait conduire certains à passer à côté de ce cycle. Ce n’est pas un mauvais roman loin de là, mais comme toujours ce n’est pas simple à suivre et en plus de cela, il vous balance au sein de la Culture sans forcément tout expliquer (si vous le lisez en premier).

 

Désordre mental.

Durant la guerre qui oppose la Culture aux Iridans, un VSG — Véhicules Systèmes Généraux, des immenses nefs pouvant transporter des milliards d’individus — s’autodétruit pour échapper à ses poursuivants. Le mental — une IA — qui contrôle le vaisseau profite de cette diversion pour prendre la fuite et se réfugier sur le monde de Schar, la planète des morts. Chaque camp trouve un intérêt à tenter de récupérer cette conscience aussi puissante qu’artificielle. Notamment, les Iridans qui embauchent un métamorphe du nom de Bora Horza Gobuchul, il va devoir essayer de déjouer les plans de la Culture et retrouver le mental.

 

Compagnons d’infortune.

Horza est un métamorphe, le lecteur le rencontre lorsqu’il est sous les traits d’un proche d’un gérontocrate qu’il doit assassiner, malgré son activité peu reluisante, c’est un homme d’honneur. Il est persuadé du bien-fondé de la guerre que les Iridans mènent à la Culture, et il espère que ces derniers vont la perdre. Issu d’une race quasi éteinte, il ne peut accepter l’hédonisme exacerbé de la Culture et son insouciance en dépit de tout ce qu’elle entreprend au sein de la Galaxie. Dans sa lutte, elle sera incarnée par une agente de Circonstances Spéciales, Balvéda. Au fil des interactions avec le métamorphe, elle va se mettre à douter, se questionner sur la légitimité des actions entreprises par la Culture et de l’intérêt de ce conflit méga meurtrier (ça se compte en milliards). La dichotomie entre ces deux personnages est intéressante, Iain M. Banks interroge ses protagonistes et son lecteur. La mort est omniprésente, sœur inaliénable de la guerre, elle va affecter tous les compagnons que croise Horza et imprégner le roman. Elle est souvent accompagnée des Iridans peuple biologiquement évolué pour la guerre, ils voient dans la Culture une décadence, une impasse évolutionniste qui ne peuvent ni accepter, ni respecter.

 

Le choc des civilisations.

L’opposition Iridan/Culture est la clé de voûte du roman, cette thématique poussée à son maximum prend des airs de questionnements métaphysiques par moment. Les deux blocs s’affrontent dans une guerre galactique destructrice. Les premiers veulent imposer à la galaxie leur mode de vie dont ils sont persuadés des bienfaits et du fait qu’il s’agisse de la forme ultime de société. La technologie leur apporte tout ce dont ils ont besoin et les mentaux prennent tout en charge. Pourquoi se fatiguer ? Organisons plutôt des jeux et des orgies. Les seconds, pris individuellement, sont bien plus meurtriers que les habitants de la culture, des espèces d’insectoïdes qui ont évolué de sorte à devenir des machines à tuer, le tout de façon naturelle, sans apport technologique et piloté par un dogme très strict. L’âpreté de la vie qui les a menés jusqu’à atteindre les étoiles leur fait percevoir les individus composant la Culture comme de misérables insectes décadents et s’enfonçant toujours plus dans une impasse de l’évolution. Ils ont renié leur fondement biologique pour se livrer totalement à la technologie. Des bioconservateurs, contre des techno-progressistes. Il est bien évidemment difficile de ne pas faire le parallèle avec certains aspects de notre époque et sûrement des aspects de la période durant laquelle le roman fut écrit. Mais quelle réponse apporte l’auteur ?
Il souligne l’absurdité de la guerre, l’enlisement des deux camps dans leurs carcans idéologiques, des masses aveugles contre des masses aveugles, conduisant à la fin de la réflexion et du dialogue. Il tape tour à tour sur les deux, du moins, il dénonce les travers de chacun. Il n’hésite pas à salir sa super civilisation qu’est la Culture pour sa vanité et exècre l’obscurantisme des Iridans. Mais il souligne aussi l’universalité essentielle de la Culture, qui s’étend sur la galaxie sans symbole, loi, dogme ou signe distinctif.
Ce tome est l’occasion de découvrir un peu plus l’univers posé par Iain M. Banks, les dimensions de cette aventure sont titanesques, des immenses flottes de nefs qui s’affrontent, des armées capables de détruire des objets célestes, des mégas stations orbitales de 14 millions de kilomètres, Une forme de Guerre prend des aspects épiques pour servir une odyssée mouvementée.

 

Odyssée hallucinée à la narration chaotique.

Iain M. Banks est fidèle à lui-même, un ensemble de questionnements métaphysiques, des propos philosophiques, humour discret, mais bien présent. Un sens du verbe soigné et toujours autant de digressions. Tant et si bien que lesdites digressions se transforment parfois en mini aventures. Elles sont nombreuses et contribuent à densifier un récit déjà complet, qui devient pulp par moment. Comme lorsqu’Horza se retrouve sur une île déserte avec un culte indigène très imprégné de scatologie. À la lecture de ce tome, j’ai eu l’impression que l’auteur ne savait pas très bien où il allait, du coup, ses personnages sont perdus aussi et emportent le lecteur avec eux. Je suis quasi sûr que c’était un écrivain scriptural, ce n’est pas possible autrement, du coup, cela a ses avantages et ses inconvénients. Mais d’un autre côté, quand je vois la qualité narrative de l’usage des armes, je m’interroge sur sa technique. Bref, quoi qu’il en soit, il m’a perdu à de nombreux moments. C’était trop.

 

Guerre des formes.

Si la thématique principale et ses réflexions corollaires sont enthousiasmantes pour l’esprit, l’aventure, elle, s’avère décousue et souffre d’un trop-plein, d’une saturation d’événements qui au final brouille l’ensemble et plombe un peu le récit. Cela n’en fait pas forcément un mauvais roman, la légitimité de la guerre quel que soit l’idéologie que l’on porte, la remise en cause de la Culture, tout cela est très intéressant. Je commence petit à petit à imaginer les contours de la pensée de l’auteur (et encore plus avec le quatrième tome), et rien que pour cet exercice, ce tome vaut le détour. En dépit de ces quelques réserves, le cycle me convient et j’ai qu’une envie, celle de poursuivre l’aventure.

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D’autres avis : manifestez-vous.

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7 réflexions sur “Une forme de guerre – Mort et destruction

  1. Je suis justement en train de le lire ! Le cycle de la Culture me régale aussi, je vais continuer sitôt terminé celui ci 🙂
    Très bonne review

  2. C’est vraiment top, ma prochaine critique concerne L’usage des armes!
    Et je pourrais presque dire Odyssée hallucinée moi aussi tant mon impression est similiare à la tienne.

    • Cela ne m’étonne pas, surtout que L’Usage des armes est un sacré tour de force sur le plan narratif. Je ne peux que t’inciter à poursuivre le cycle, même si je me doute que c’est déjà ton intention. Car le quatrième – Excession – est exceptionnel.

  3. J’aime pas la Culture avec un grand C. Qu’elle soit de la Haute ou de Ian M. Banks !
    Par contre, il faudrait que je regarde ce qu’il a fait d’autre, car j’avais aimé sa plume et ses idées sur L’homme des jeux, mais j’avais trouvé cela long.

    • Eheh, je connais ta fidélité canine à la Culture.

      Si tu as trouvé L’homme des jeux long, sache que chaque tome est long. Je ne peux pas trop te conseiller concernant ses autres œuvres. Mais je peux t’inviter à persévérer et à lire L’usage des armes et Excession. Mais bon, en la matière je n’ai pas trop de crédibilité étant donné que je ne me suis toujours pas mis à lire un RCW.

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