Vostok Lunes d'encre couverture

Vostok, l’Antarctique comme si vous y étiez.

La présente chronique est dédiée à Larsen C.

Vostok est un roman de Laurent Kloetzer paru en mars 2016 aux éditions DENOEL dans leur collection Lunes d’Encre. Pour ce roman Aurélien Police nous propose, encore une fois, une belle couverture.

Laurent Kloetzer est un auteur français de nouvelles, de romans de fantasy et de science-fiction,. Parfois, il écrit des livres avec Laure Kloetzer son épouse, sous le pseudonyme de L. L. Kloetzer, dont le roman Anamnèse de Lady Star qui a reçu quelques prix et qui a très bonne réputation. Il faut absolument que je lise. Si la vie, les goûts, les inspirations de l’auteur, de ces auteurs, vous intéresse, je vous conseille le numéro 83 de la revue Bifrost qui lui est consacré, numéro accompagné de trois bonnes nouvelles, en plus !

Juste pour signaler, le site de l’éditeur semble contenir une erreur, il annonce que l’auteur de Vostok est L.L. Kloetzer, alors qu’il s’agit bien de Laurent Kloetzer.

Bref, revenons à nos moutons, gelés. Comment une bande de malfrats issue d’un sombre Cartel peuvent-ils se retrouver dans une base russe en Antarctique ?

 

Vostok, petite frappe et grand froid.

Vostok se trouve en antarctique, pas n’importe où en Antarctique, presque au centre, les températures peuvent avoisiner 89.2°, selon le record enregistré à Vostok justement. Histoire d’assombrir le tableau, la nuit polaire y dure de mars à septembre. 2057, voilà 20 ans que la base est fermée, mais une bande de malfrats sud-américains va s’y rendre, car Vostok renferme un secret, quelque chose dont ils ont absolument besoin pour leurs “affaires”.

 

Juan-mains-noires et sa bande.

Juan, c’est le caïd montant du cartel, un métis indien versé dans le mysticisme, un gars froid et calculateur. Dans son sillage il va entrainer Léo, sa jeune sœur de 14 ans, ainsi que ses plus proches collaborateurs : Oscar au gros bras ; Jazmin sombre et inquiétante ; Irvin plus stoïcien que sanguin.

En parallèle, l’auteur nous offre une seconde trame qui vient s’immiscer dans la première, comme des interludes à intervalles plus ou moins réguliers. On y suit une scientifique russe, Veronika Lipenkova, lors de sa rencontre avec Vostok et le microcosme qui y gravite autour, dont le jeu des nations pour la recherche sur cette étendue glacé.

Léo est le personnage principal du livre, c’est elle qui tient la baraque. Au départ j’étais sceptique quant à ce choix, mais finalement l’auteur nous propose un personnage intelligent, débrouillard et attachant. Il faut dire que la clique autour d’elle y est pour beaucoup. Le contraste entre les criminels et l’aspect scientifique du livre est efficace.

 

Antarctique, 2057.

Le roman se déroule dans un futur proche. L’auteur ne nous sert pas un bilan complet de la planète, mais entre les lignes le lecteur comprend que la Terre ne se porte pas au mieux. L’Amérique du Sud est en proie à une guerre permanente opposant les Cartels et les Andins, sorte de confédération gouvernementale. Le terrorisme et les frappes chirurgicales semblent être la norme.
Le climat est totalement chamboulé, pour essayer de contrer les effets dévastateurs du réchauffement climatique on ensemence les nuages, on peint les pics montagneux pour réduire l’albédo, des mesures de fourmis face au désastre.
La technologie est omniprésente, mais ne prend pas de place prédominante dans le roman, IA, drones, réalité virtuelle, font parti du quotidien. Tout le monde est connecté, voir hyperconnecté à l’instar de Sacha, un virtboy qui passe sa vie avec un oculus rivé sur lui.
Le seul point qui m’a dérangé dans l’univers, du moins au début, c’est l’apparition d’un ghost, un être humain qui semble éthéré. Il surgit de nulle part, sans explication. Vostok se déroule dans le même univers que Anamnèse de Lady Star et ce personnage semble être en lien avec cet univers. Une approche fantastique qui m’a dérouté et qui dénote aussi avec le ton rationnel, scientifique du roman. Mais une fois la pilule avalée, ça passe.

La seconde trame scientifique offre un regard sur les pionniers de ce continent à l’époque de la guerre froide et au-delà. Sur l’URSSS et les technologies d’avant-garde. Ainsi que le combat d’une femme pour s’imposer en tant que scientifique à part entière dans un milieu à dominance masculine.

 

La science avant tout.

Pour ma part, un des thèmes majeurs de Vostok est la science, malgré ses airs de récit mafieux. La nécessité de celle-ci et de la recherche. Le roman à ce sujet est d’ailleurs très bien documenté. La glaciologie permet de lire les strates du passé pour comprendre l’avenir. La recherche permet d’offrir une meilleure compréhension du monde pour peut-être prendre de meilleures décisions.
C’est aussi une mise en garde, peut-être vaine, contre le jeu dangereux auquel nous jouons. Nous nous pensons plus fort que la nature, mais des lieux comme l’Antarctique permettent de mesurer la puissance des forces en jeu, justement.

 

Une écriture très rythmée.

J’ai accroché au style de Laurent Kloetzer riche, rythmé et soutenu. Un style dont les repères dénotent parfois. En effet, il y a pas mal de références religieuses, spirituelles, catholiques. Loin de me déranger, j’ai trouvé ça intéressant. L’auteur tient la narration, il y a énormément de tensions et de suspens et surtout des révélations et des rebondissements, c’est accrocheur.

L’ambiance de la station, de l’extérieur et de l’Antarctique ajoute énormément au récit, l’auteur nous sert des descriptions très immersives et le quotidien glacé des protagonistes prend vie au fil des pages.

 

En conclusion.

Je suis resté discret sur de nombreux aspects du roman, pour ne pas gâcher la découverte, car, comme je l’ai dit, il s’agit d’une histoire pleine de rebondissements. Laurent Kloetzer a fait le pari d’envoyer une bande de malfrats en Antarctique en contrepied total du sort réservé habituellement à ce coin de la planète et ça fonctionne bien.

Il propose un roman au rythme élevé avec une narration qui tient en haleine le lecteur et nous prouve avec talent que la science-fiction ne se limite pas à des rêves martiens, à des fantasmes d’exoplanètes.

 

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D’autres avis : A.C. De Haenne (qui n’est autre que l’instigateur du challenge Lunes d’Encre) ; Lorhkan ; Vert ; La prophétie des ânes ; Just a Word ; Miroirs-SFGromovar ; Lune ; Xapur ; Blackwolf, Acr0, L’Ours inculte.

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Chronique rédigée dans le cadre du Challenge Lunes d’encre :

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J’ai réceptionné ce roman dans le cadre d’un service presse proposé par les éditions DENOEL.

7 réflexions sur “Vostok, l’Antarctique comme si vous y étiez.

  1. Ben pour tout dire, j’avais repéré, mais n’étais pas très convaincue par les différentes critiques. En revanche, la tienne me dit que je passe peut-être à c^pté d’un bon roman.
    Merci

  2. Content que ce roman t’ait plu. Concernant l’absence d’explication sur le ghost, ça m’a aussi un peu énervé. Et si j’ai bien mémorisé ce qu’on ma dit sur l’Anamnèse de Lady Star, on n’y apprend pas plus de choses. Ca fait partie des auteurs qui aiment ajouter des aspects énigmatiques. Presque une touche de fantastique dans un style pourtant très SF et rationnel.

    • C’est clairement agaçant cette histoire ghost, du moins au début puis une fois qu’on accepte la chose ça va mieux. Mais c’est typiquement le genre de choses qui peuvent me faire décrocher. C’est un bon roman !

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