“Mes vrais enfants” de Jo Walton, deux vies pour un seul livre.

Mes vrais enfants est un roman de Jo Walton paru en janvier 2017, dans la collection Lunes d’encre des éditions DENOEL. Traduit de l’anglais par Florence Dolisi.

Jo Walton est une auteure Galloise qui écrit de la SF et de la fantasy. Des romans pour l’essentiel, dont trois trilogies.  Les nombreux retours positifs sur ce qu’elle écrit et la résonance de son dernier livre m’ont amené à la lire.

L’histoire de Mes vrais enfants débute par la fin. En 2015, Patricia Cowan est dans une maison de retraite, atteinte de la maladie qu’on oublie. Maladie qui d’ailleurs, n’est jamais citée. Elle est confuse, parfois très confuse. C’est en partie dû au fait qu’elle se souvient de ses deux vies.

Les premières pages sont consacrées à son enfance, son adolescence, puis sa rencontre à l’université avec un certain Mark. Un philosophe poète qui séduit immédiatement la jeune femme .

Mais les événements vont faire que lorsqu’il va la demander en mariage, en 1949,  elle va dire oui, mais aussi non. Ici se situe le point de divergence (Merci pour le terme Apophis) des deux uchronies, des deux vies de Patricia.

Le livre enchaine les chapitres alternant entre la vie de Tricia, qui a accepté d’épouser Mark. Et la vie de Pat, qui a refusé.

Dans la première vie, Patricia épouse donc Mark, qui au final, s’avère être quelqu’un d’abjecte. Elle est vouée à rester à la maison, faire des enfants et fermer sa gueule. Comme beaucoup de femmes à cette époque (mais pas seulement). Dans cette vie, elle aura des enfants, bien sûr, et elle mènera, discrètement des combats politiques, féminisme, écologie et j’en passe.

Dans la seconde vie, Patricia n’épouse pas Mark. Elle tombe amoureuse d’une femme : Bee. Les deux femmes vont vivre les affres de leurs temps (pas si lointain et tellement proche). Difficultés pour avoir des enfants, rejet de la société. Sa vie est plus heureuse, professionnellement et sentimentalement, elle est épanouie. Elles auront même des enfants, avec un certain Michael.

Dans les deux cas, Patricia est une femme forte, qui se bat pour ses idées et qui avance dans la vie, coûte que coûte.

Au fil du roman, les éléments d’uchronies sont disséminés avec parcimonie, dosés subtilement. Je ne vais pas vous les énumérer, c’est plus agréable de les découvrir. Les deux vies comportent des divergences par rapport à notre réalité.

C’est un livre intelligent, tous les passages des vies de Patricia ont un sens. Le tout est cohérent et fluide.

L’écriture de Jo Walton est un vrai plaisir, sensible et riche. Il est difficile de préférer une vie plutôt qu’une autre, tant l’auteure nous amène loin dans l’intimité de Patricia. Tous les personnages secondaires qui gravitent autour d’elle sont forts et attachants. Ses enfants, Bee, Michael et même Mark !

Au-delà de l’écriture et l’aspect uchronique, Jo Walton en profite pour dire ce qu’elle pense sur énormément de thèmes. Les droits des femmes bien sûr, l’intolérance envers les homosexuels, le conformisme, le militarisme, le nucléaire, l’écologie, la filiation…

Le spectre des sujets sociétaux traités est large. Le tout est profondément humaniste. Des passages sont vraiment rageants, révoltants, tant ils sont criants de vérité.

Cerise sur le gâteau, son amour pour Florence et la renaissance (Pat écrit des guides touristiques). J’avais déjà envie de visiter cette ville, à présent, je ne peux plus tenir.

Autre point important pour ma part, ce sont les enfants (d’ailleurs, on s’y perd un peu dans toute cette marmaille, dommage). Dans les deux vies, ils sont présents. Jo Walton souligne ici l’importance de la transmission et le fait de donner la vie, acte majeur, s’il en est.

S’il fallait souligner quelques écueils, je dirais l’aspect « liste » de la narration par moment. La chronologie passe parfois rapidement et les faits sont décrits machinalement. Forcément résumer deux vies en un seul livre, plus deux réalités, c’est beaucoup. Mais aussi, la quantité de personnages secondaires auquel on est confronté, le tout sans repères.

Hormis cela, il est difficile de trouver autre chose à redire, tant le livre est intelligent, riche et profondément humain.

C’est un livre dont l’aspect fantastique  est très léger, il peut être mis entre toutes les mains, même les plus réticentes à ces genres.

Pour conclure, les dernières pages sont bouleversantes et quitter tous ces personnages, auxquels on s’attache forcément, est un véritable crève-cœur. C’était beau.

J’ai aimé, j’ai adoré et j’ai envie que tout le monde le lise, histoire d’adoucir les mœurs. Jo Walton a des choses à nous dire, à nous conter, et elle le fait avec talent !

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D’autres avis : Lorhkan, Yogo, Gromovar, LuneAu pays des Cave Trolls, Xapur, Bibliocosme, Lutin.

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Chronique écrite dans le cadre du Challenge Lunes d’encre :

16 réflexions sur ““Mes vrais enfants” de Jo Walton, deux vies pour un seul livre.

  1. Super concept, c’est souvent un fantasme d’imaginer comment la vie se serait passée à partir d’un choix sur un tournant de la vie 🙂

  2. Je n’ai jamais lu de Jo Walton. Mais quand je vois les avis positifs sur ce roman, et notamment le tien, je crois bien que c’est avec “Mes vrais enfants” que je découvrirai cet auteur !

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