Yellowstone, le bourbier parisien.

Yellowstone est un roman paru en 2014 aux éditions Mnémos, écrit par Ludovic Albar. Il a fait l’objet d’une réédition en poche, en 2016 chez Hélios (les éditions poche des indés de l’imaginaire).

Ludovic Albar est l’auteur du cycle Quantex qui a connu un certain succès. Je ne l’ai pas lu, mais visiblement, ça n’a rien à voir avec le présent livre.

J’ai lu ce livre dans le cadre de ma PAL pour le premier trimestre 2017.

 

2052, rien ne va plus.

La Terre est au bord de l’asphyxie à cause du réchauffement climatique et l’humanité aussi. L’Europe fédérale est gangrénée par les états policiers et cernés par des hordes de migrants – climatiques surtout – et d’ennemies. A Paris, des concessions de quartiers ont été attribuées aux Chinois. La capitale française est cernée par les zones, des endroits ou s’entassent les migrants, les minorités, les communautés religieuses. Bref, des gens qui n’attendent qu’une chose : égorger vos fils et vos compagnes… La situation de L’Union et de la France est au plus mal.

Frank Malisol est recruté par le bureau des enquêtes fédérales et se retrouve parachuté au Département de Contrôle des zones (DCZ), pour infiltrer cette section corrompue.

 

Frank, Vlad et MC.

C’est le trio qui porte le livre. Tous les trois ont initialement une formation de douanier. Puis Franck et Vlad sont recrutés par le bureau des enquêtes fédérales. MC douanière aussi, va servir de fil rouge durant l’épopée de Franck à Paris, décrite comme une fille pas très jolie, mais sûr d’elle. Sur laquelle il peut compter.

Franck intègre le DCZ, l’infiltre en réalité. Il va y trouver une équipe de néofas, prêt à tout pour prendre le dessus. Leurs méthodes sont radicales, ils n’ont aucun respect pour tout ce qui n’a pas la peau blanche. Voilà l’ambiance. Le chef du département est une crevure de première, bête comme ses pieds et d’un racisme plus que primaire.

Les personnages, surtout Franck, sont attachants, mais ils se perdent vite dans la complexité du récit. Je n’ai pas su déterminer après quoi Franck courait vraiment. Je ne suis même pas sûr que lui-même le sache. Ou bien, je suis vraiment passé à côté.

 

Du cyberpunk et une anticipation crépusculaire.

Durant les cent premières page L. Albar pose le décor, politique, géopolitique, etc. Le monde décrit est étouffant à la limite du supportable. Le tout est complexe. La première partie du livre qui explique tout, de 2020 à 2050 en gros, est vraiment confuse, de quoi s’y perdre, ou du moins c’est maladroit. Mais les enjeux et les rôles des factions s’affinent au fil du récit. Au final, il s’agit plus d’un polar noir, d’un thriller qu’autre chose.

En 2052, le racisme est exacerbé et omniprésent, les connotations racistes et les insultes à caractères racistes fusent, c’est difficile et un peu lourd. Tout est crade, tout est corrompu, rien ne semble valoir le coup, rien ne semble valoir la peine d’être sauvé. Il y a des pointes d’humour qui tentent de désamorcer un peu tout ça, heureusement.

Dans le monde de Yellowstone la technologie est très avancée (peut-être dû aux avancés pendant la 3e guerre mondiale), l’installation sur la lune va bon train et la colonisation de Mars s’apprête à vivre ses premiers instants, il faut bien que l’humanité – les 1% – s’installe ailleurs. Lors de leur recrutement, Franck et Vlad subissent une augmentation, le bureau fédéral leur implante une bille qui permet de « sauvegarder » leur esprit, leur mémoire, ce qu’ils sont. En cas de décès, des traqueurs récupèrent la bille et la réimplantent dans un nouveau corps. Voitures volantes, armes à plasma, superdrogues, contrôle des émotions par la chimie font partie du quotidien. De ce côté-là, le livre est plein de bonnes idées.

 

Un style particulier.

Je qualifierai le style de L. Albar de “bavard”, non pas qu’il soit mauvais, mais il dit tout, tout ce qu’il lui passe par la tête. Le récit est à la première personne, en lieu et place de Franck qui est direct, franc et sans filtre. Du coup, on se retrouve avec un livre dense et touffu. Franck n’en finit par de parler, de tout dire. Les longueurs s’enchainent malheureusement.

 

Une lecture exigeante.

Le livre n’est pas facile à aborder, dès les premières pages et les cent premières pages surtout, il faut s’accrocher. Ensuite, l’histoire décolle, enfin. Mais ce n’est pas fini, les idées de Franck s’enchainent et s’entremêlent, le tout ponctué d’explications sur la politique et les tenants et aboutissants du monde qui l’entoure. Ce qui fait de Yellowstone une lecture qui n’est pas simple à aborder. Et pourtant j’en ingurgite des pages et j’ai lu des choses moins divertissantes. C’est clairement pas un livre que l’on peut picorer par-ci, par-là, il faut se mettre en condition.

La deuxième partie du livre est meilleure, l’action y est omniprésente et le tout s’enchaine jusqu’à une fin étouffante et des révélations étonnantes.

 

En conclusion, Yellowstone est difficile à appréhender.

Si vous aimez le cyberpunk, allez-y. Le côté technologique et oppressant y est bien décrit. Si vous aimez l’anticipation, l’invitation au débat, attention. Ici, point de débat, l’auteur vous jette à la figure son monde nauséabond.

Le quatrième de couverture fait référence au livre de Philip K.Dick« Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? », surement dû à la technologie implantée dans Franck et Vlad, considérés comme des récplicants dans le livre. Il y a bien sur des similitudes avec le livre de K. Dick, mais là où ce dernier distille les informations de manière laconique, voire aucune info, L. Albar, de son côté, balance tout.

L’auteur a fait le choix d’un livre coup-de-poing, tu le prends dans la tronche, c’est tout, ça peut ne pas passer.

 

==========

D’autres avis : Blog-o-livre, Chiwi, Zone livre

12 réflexions sur “Yellowstone, le bourbier parisien.

  1. hummm. Une critique très convaincante, et tu soulignes bien les forces du roman, et ses faiblesses. Ce sont justement ces dernières qui me font dire pas pour l’instant. Je n’ai pas envie de me prendre la tête alors, c’est vrai que vu ce que tu en dis, je vais passer mon chemin.
    Cependant, je le note quand même pour un jour ou j’aurais l’esprit et le temps moins chargés.

    Merci

  2. C’est surtout le côté verbeux qui me gêne un peu, mais je pense pas que ce soit rédhibitoire pour moi. En fait c’est pas aussi négatif que ça finalement! Je le tenterai juste après le cycle d’Olaf Stapledon que je lis en ce moment.
    Merci pour ton avis en tout cas! 🙂

      • Je te dirai si ça m’a plu! 🙂

        Le cycle c’est trois livres d’Olaf Stapledon écrits dans les années 30 : Les derniers et les premiers, Les derniers hommes à Londres et Créateur d’étoiles. Là je suis en train de lire le premier des trois, c’est très particulier, pas le genre de livre qui fera l’unanimité, c’est un homme du futur qui raconte l’histoire de l’humanité sur une période de deux milliards d’années mais c’est assez étrange, il n’y a que peu de personnages et de dialogues, et quand il y en a ils disparaissent très rapidement. On dirait une espèce de livre d’histoire avec des chapitres découpés en sous-parties (sous cette forme : 1.I, II, III, IV ; 2.I, II, III…) décrivant les différentes civilisation humaines se succédant dans le temps (caractéristiques biologiques, aspect physique, connaissances scientifiques, religions, philosophie, intelligence, guerres…).

  3. Les thématiques m’intéressent mais je ne comprends pas où veut aller l’auteur. J’ai l’impression que cela part un peu dans tous les sens : Migrants, Racisme, Voiture volante, Lune et le reste.
    Plus les faiblesses que tu pointes, cela commence à faire beaucoup

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.